Voici enfin le très attendu nouvel album d’Ariane Moffatt, MA, que l’on sait être bilingue et créé quasiment de A à Z par la chanteuse de manière autonome. Une liberté artistique que Moffatt, qui n’a plus ses preuves à faire, peut se permettre de prendre.

MA, selon la définition inscrite dans le livret, est une « expérience sensorielle du vide en tant que substance, l’intervalle, la durée, la distance, non pas celle qui sépare mais celle qui relie. Le vide comme matière à ressentir, à contempler, à entendre. » Le caractère sensoriel de l’expérience est cependant discutable : l’ensemble du disque est composé d’un electro-pop assez pointu et chargé. Froide, contemporaine, parfois même rugueuse, la proposition musicale surprend et désarçonne beaucoup, même si Ariane Moffatt avait utilisé un peu cette formule par le passé.

Les textes, qui parlent encore et toujours d’amour, alternent donc entre la langue de Molière et celle de Shakespeare. Fruit du hasard ou non, les chansons en français (Hôtel Amour, Mon corps, L’homme dans l’automobile, Sourire sincère) restent les meilleures – Ariane Moffatt n’aurait donc pas encore trouvé la formule magique qui réunirait l’anglais et l’electro. Il ne faut cependant pas se fier aux apparences : l’inverse est aussi vrai. La pluie et le beau temps, sur fond de voix trafiquée, mélange confusément température naturelle et catastrophes provoquées par les humains, tandis qu’All yours est assurément la pièce la plus entraînante de l’album, car plus pop et lumineuse.

C’est d’ailleurs un constat évident : la deuxième moitié est meilleure et plus accessible, que ce soit Rules of legal love, Artifacts avec sa guitare acoustique (enfin le son d’un « vrai » instrument !) ou l’excellente conclusion Sourire sincère et ses cuivres enveloppants. À force de patience et d’abnégation, l’auditeur est enfin récompensé par un peu de chaleur musicale.

Et, ultime lueur d’espoir, MA semble mieux s’apprécier après plusieurs écoutes. Preuve qu’il faut persévérer.

3/5

Cyril Schreiber