Trois poètes captifs de leur enfance : Hölderlin, Rimbaud et Supervielle. Trois visages tournés vers la clarté du monde qui entre par la fenêtre, portée par la musique et les saisons qui viennent rythmer leur vie scolaire. Et ce visage clair de la poésie, incarné par la légèreté féminine de l’enseignante de chacun des trois garçons, qui traîne avec elle la fraîcheur des lilas. Voilà le cœur de ce recueil. Tout semble être en place pour nous convier à entrer sans crainte en terre de Poésie.

Si le « Garçon Hölderlin », personnage de la première partie du recueil, nous offre de très beaux textes empreints d’un lyrisme rafraîchissant à travers des images aussi sensibles que « sa robe comble l’insuffisance des fleurs » et « le matin devient si clair quand le souffle passe de ma poitrine à la sienne », on ne peut en dire autant de celles qui  s’incarnent dans « Garçon Rimbaud ». En effet, malgré quelques petites trouvailles, cette deuxième partie du recueil semble un peu bâclée, truffée d’images forcées et dénuées de la puissance d’évocation à laquelle nous avait habitués les premières pages. Ainsi, on peut lire : « Que le verbe écrire demeure l’acte / Où la main se change en poing », « Le bras du soleil / Glisse à son chevet / Telle une dictature » et « Il ne définit plus son cœur / Comme une chose romaine ». La dernière section, « Garçon Supervielle », sans être aussi touchante que la première, sauve un peu la mise, mais puisqu’elle devrait conclure le recueil, on s’attendrait à ce qu’elle soit la plus intéressante, ce qui n’est pas le cas. Pour rester dans le thème de la musique, à l’image de l’œuvre, on pourrait dire qu’elle offre quelques notes plutôt discordantes telles que : « Pilar arpente la pièce de long en large, remue les bras, de sorte que sa gorge libère des métaphores ».

En somme, malgré ces nombreuses faiblesses, il faut rendre à Drouin ce qui appartient à Drouin : Les bras de Bernstein est une œuvre assez bien construite. Les trois sections se répondent les unes les autres à travers un réseau de thèmes récurrents (les fleurs, la musique, l’enfance) et la structure de l’ensemble fait référence au procédé musical de la variation. Toutefois, il semble que l’intelligence ait ici pris le pas sur la sensibilité.