La pièce de Véronika Makdissi-Warren a provoqué une vague d’émotion chez les spectateurs cette semaine au théâtre La Bordée. L’œuvre est présentée du 24 octobre au 18 novembre 2017.

Drôle, attendrissant et superbement humain : ce sont les mots que l’on pourrait utiliser pour décrire la pièce CHSLD, à savoir Centre d’Humbles Survivants Légèrement Détraqués. Il n’est pourtant pas courant de représenter des aînés en maison de retraite sur la scène. On s’attend à ne voir que de l’ennui, et un silence insoutenable qui fait écho à la mort. Et pourtant ! C’est de la couleur qu’ont su montrer les acteurs sur scène.  

Des petites tâches quotidiennes sont rendues inattendues, surprenantes. Parfois, on se laisse bercer par l’impression que la pièce se déroule en réalité dans un parc pour bambins, et à mesure que la pièce avance, on se rend compte que la limite entre les deux est pratiquement estompée.  

Les personnages, M. Et Mme Garant, Mme Blanchette, M. Sanschagrin, et le nouvel arrivant M. Ladouceur, ne lésinent pas sur les rebondissements entre les scènes de ménage du vieux couple, les réconciliations, les coups de canne et les pokers avec des mises de médicaments. Il y a du mouvement au CHSLD ! 

Un jeune chez les « petits vieux » 

Il y a tout de même un personnage qui met un peu de relief dans ce CHSLD. C’est Martin, le jeune aide-soignant. Bien que ce personnage ne soit pas développé en profondeur comme les aînés, on comprend par un simple coup de fil qu’il leur consacre la majeure partie de son temps, aux dépends de sa famille à lui. C’est un véritable choix de vie, et c’est probablement de là que ce jeune tire son humilité.  

Lui aussi est un détraqué, il semble un peu maniaque et perfectionniste dans son travail. Les aînés auraient-ils déteint sur lui au fil du temps ? Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont tous attachés les uns aux autres dans cet esprit de communauté. 

Une problématique soulevée 

Qu’est-ce que la vieillesse aujourd’hui ? Un fléau, la société semble-t-elle croire. On traque constamment notre jeunesse, et on veut la capturer. On fuit les maisons de retraite, on regarde nos aînés avec empathie, bien contents de pouvoir encore marcher tout seuls.  

« Avec CHSLD, j’ai voulu donner un gros câlin à nos  petits vieux, étreindre avec amour ces  grands fragiles ». Ce sont les mots de la metteure en scène, Véronika Madkissi-Warren, qui a tenu son pari. 

Nous n’avons pas vu de coquilles vides sur scène, mais des êtres humains avec un bagage d’émotions en eux. Nous avons eu la chance de plonger dans le passé de quelques-uns d’entre eux, une initiative de la metteure en scène qui a sûrement voulu nous rappeler que ces « petits vieux » ont été des « petits jeunes », eux aussi.

Ils ont connu leurs batailles et y ont survécu humblement, mais non pas sans écorchures. En réalité, lorsqu’on les regarde, on a l’impression de se voir nous-même. On voudrait tous survivre, «  toujours  » comme le dit Mr Sanschagrin. L’éternel est notre bouée de sauvetage.