14 juillet, avant-dernier jour du FEQ, fête de la France, si peu d’artistes français sinon à l’Impérial, cherchez l’erreur. Une bien belle programmation, malgré tout.

Cyril Schreiber

Cette journée caniculaire a débuté sur le coup de 12h30 avec le traditionnel spectacle à la Place d’Youville. C’était ce samedi-là Patrice Michaud qui occupait le lieu, lui qui a si souvent vu des spectacles au même endroit – il a habité à Québec durant plusieurs années. Très en forme et enthousiaste, le jeune papa a, devant une bonne petite foule très chaleureuse, chanté les chansons de son premier album Le Triangle des Bermudes, en plus de reprendre Iron Maiden, Ray Lamontagne et John Lennon. Le plaisir était au rendez-vous, le chanteur gaspésien était comme un enfant sur scène, et cela a paru dans sa musique : rock, entraînante. C’était par ailleurs jour de premières pour celui qui n’hésite pas non plus à devenir conteur entre deux pièces : première fois qu’il jouait aussi tôt, et première fois qu’il chantait devant son fils d’un mois et demi. En compagnie de ses musiciens Simon Blouin, Richard Deschênes et André Lavergne, mais surtout en compagnie du public, Patrice Michaud a eu du plaisir. Ça tombe bien, nous aussi.

Pendant que le groupe américain The Offspring remplissait les Plaines d’Abraham, bon nombre de spectateurs s’étaient donné rendez-vous au Parc de la Francophonie pour une autre soirée alléchante avec trois groupes. La température s’était un brin rafraîchie, cependant.

C’est d’abord la formation de Terre-Neuve Hey Rosetta ! qui a parti le bal avec leur indie rock. Leur plus récent album, Seeds, a bien failli remporter le prix Polaris. Ce n’est pas la première visite de Hey Rosetta ! à Québec, mais gageons que ce premier passage au Festival d’été aura permis à un plus grand nombre de les faire connaître. Le sextuor canadien a offert toute une performance envoûtante, avec une belle chimie sur scène et avec les festivaliers. Leurs chansons, mélodiques et raffinées, commencent doucement et s’emballent rapidement, toujours avec une intensité salvatrice. Tim Baker, le chanteur et guitariste, s’est même essayé à quelques mots en français, au grand plaisir de la foule, dans laquelle se trouvaient quelques fans du groupe et, bien sûr, des non-initiés qui n’ont pu être que charmés par cette bien trop courte visite à Québec. Une bien belle ouverture de soirée.

Suivait sur la scène Loto-Québec la formation québécoise Half Moon Run, un secret encore bien gardé mais qui ne saurait tarder à être révélé. En effet, le groupe mené par Devon Portielje a sorti un premier album remarqué plus tôt dans l’année, Dark eyes. Leurs prestations scéniques étaient, paraît-il, quelque chose de mémorable. Le trio montréalais (guitare, batterie, claviers), auquel s’est greffé un quatrième membre sur quelques titres, a en effet bien occupé la scène – les gars en ont profité pleinement.

Côté musique, Half Moon Run fait un pop rock très porté sur le rythme, les batteries. On pourrait croire que leur musique est sombre, lourde : au contraire, elle garde un certain côté pop qui la rend accessible, notamment grâce à des harmonies vocales bien maîtrisées. Encore une fois, la foule a réservé un bel accueil pour ce troisième spectacle de Half Moon Run à Québec, après deux passages au Cercle. Une belle découverte.

C’était évidemment le groupe torontois Metric qui a attiré le plus grand nombre de spectateurs au Pigeonnier. Emily Haines et sa bande viennent de sortir un nouvel album, Synthetica, fort remarqué. Inutile de préciser que ce nouveau passage au Festival d’été de Québec, après une visite paraît-il mémorable à l’Impérial en 2009, était fort attendu et exceptionnel, puisque le groupe visitera autant l’Australie que les États-Unis au cours des prochains mois.

Après une introduction instrumentale, le quatuor est enfin monté sur la scène Loto-Québec pour un spectacle sans temps mort, qui aura ravi tout le monde, tant les fans que les curieux venus entendre ce groupe de plus en plus incontournable. Celui-ci donne dans un electro rock rythmé et entraînant, composé par le guitariste Jimmy Shaw. Efficace et élaboré, parfois mélancolique. Un peu industriel mais dans le bon sens du terme : infiniment moderne dans la sonorité, dans le mélange entre les claviers, les programmations et les guitares électriques. Ça sonnait très bien, sans problème de son, ce qui est un petit miracle pour l’endroit.

Le groupe avait aménagé un mur d’éclairages derrière lui, avec des néons formant des figures à l’image de leur plus récent album, ainsi que des lumières autant bleues que rouges. Un supplément visuel fort apprécié.

Sans négliger l’importance des trois musiciens, toute l’attention était évidemment portée sur la chanteuse Emily Haines, magnifique et séduisante, tant physiquement qu’au niveau vocal. Sur scène, aussi sûre d’elle qu’aguichante, elle en devenait magnétique. On aurait cependant aimé qu’elle s’adresse un peu plus au public ; elle restait parfois retranchée derrière ses claviers, même si elle a osé quelques incursions plus proches de la foule. Il a fallu attendre bien longtemps avant le premier « Bonjour Quebec City ». C’est durant les rappels qu’Haines s’est un peu plus déliée la langue, y allant notamment d’un « merci fucking beaucoup » apprécié, lancé avant l’interprétation acoustique et reprise en chœur de Gimme sympathy. Il faut croire que celle qui officie aussi au sein de Broken Social Scene préfère s’exprimer de manière physique, comme ce fut le cas lors du rappel, alors qu’elle est revenue sur scène en brandissant un drapeau du Québec.

Quoiqu’il en soit, les étoiles étaient enlignées et le ciel dégagé en ce beau samedi soir. La marchandise fut livrée et le public en a eu pour son argent. Un rendez-vous réussi pour Metric.