Honoré à Cannes et en nomination dans une tonne de catégories, dont celles de la Palme d’Or, du Grand Prix ainsi que du Prix du public, le film est certes une réussite à tout point de vue. Visuellement parlant, il s’agit d’une œuvre au caractère honnête. Les images du film ne font pas tomber dans les brumes, mais elles sont globalement réussies. Sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, les dialogues sont parlants. Quant à la musique, elle est divine. Elle vient englober une histoire complètement cinglée qui, à elle seule, ne ferait embarquer personne dans le récit.

Cette histoire, c’est celle d’un médecin-chirurgien qui, après la perte de sa femme douze ans auparavant, tente de créer une peau artificielle sensible mais totalement blindée. Une peau qui aurait pu sauver sa femme… Néanmoins, pour ce faire, l’homme travaille à ce projet dans son laboratoire privé avec acharnement et obstination. Il s’entête contre les volontés de son Ordre et pousse l’extrême à la limite afin d’en venir à ses fins. Inhumain, totalement dénué de sens moral, le personnage joué par Antonio Banderas dérange. Il faut dire que l’acteur interprète à merveille cet homme sans scrupule.

Le film commence lentement – trop, peut-être – et instaure les bases du récit qui d’abord, faut-il le dire, intrigue et laisse perplexe. Puis, après avoir assisté à trois ou quatre histoires parallèles, on se retrouve dans une seule histoire et enfin, on s’y crée une appartenance. Ce qui s’en vient tient littéralement le spectateur en haleine, sur le bout de son siège. On y croit, on embarque, mais avec des réserves. Les théoriciens y verront sans doute des impossibilités et décèleront des questions qui resteront sans réponse. Toutefois, le dénouement est époustouflant et les amateurs de cinéma et d’art en général apprécieront sans doute l’audace flamboyante du réalisateur et se vanteront d’avoir visionné un chef-d’œuvre. Un film qui mérite toute l’attention, et qu’il ne faut jamais prendre pour acquis avant la fin.