Il n’y a aucun mal à unifier un recueil de nouvelles autour d’un même thème. Mentionner ledit thème dans le titre n’est pas plus condamnable, mais au final, c’est risqué. Risqué de tomber dans la redondance, dans la facilité, dans les clichés, mais également risqué de forcer les barreaux d’une thématique afin d’inclure tout le monde. Bref, pour son troisième recueil intitulé Cages, Claude-Emmanuelle Yance a décidé de jouer dangereux. Six nouvelles. Six cages; un projet qui aurait pu se démarquer, mais qui sombre dans la facilité.

On est donc devant une demi-douzaine de récits qui relèvent beaucoup plus de l’exercice thématique que de la démarche artistique. Cages n’a pas beaucoup de prétention, sinon celle de mettre en scène des personnages perdus qui tenteront de retrouver leur chemin : nous sommes dans le récit existentiel, dans un univers où chaque protagoniste est pris de vertige. Autonomes, les nouvelles appartiennent également à un tout, à cette cage unique qui les retient. Au fil des récits, on voit se dessiner un parcours, les textes deviennent de moins en moins factuels, une réflexion s’installe, mais elle se dissipe dans le spirituel.

À la lecture de Yance, on se souviendra des petites filles enfermées dans leur sous-sol, d’un chanteur à l’apogée de sa carrière, et surtout de l’angoisse à la Maupassant d’un homme qui loue sa cave. Reprenant la forme du journal, cette nouvelle saisit, perturbe, intrigue…jusqu’au dénouement déplorable où tout est finalement expliqué. Par chance, le recueil contient quelques nouvelles aux fins plus ouvertes et qui, du même coup, ne se referment pas sur elles-mêmes. Pensons à Bonne nuit ! Beau rêve !, une nouvelle narrée sur le ton du mythe urbain : frisant le fantastique, elle se termine au seuil du mystère. On a donc l’impression d’avoir vécu quelque chose d’unique, d’avoir assisté à la représentation d’une vision du monde métaphorique qui relance le thème de l’enfance. C’est beau, mais isolé… Le recueil se terminant sur une note religieuse, on a droit au magnifique cliché de la Sœur qui cherche la voix de Dieu.

De la figure concrète du cachot à celle de l’artiste seul mais adulé, le thème de la cage se métamorphose rapidement en une figure inexpliquée et transcendantale. La progression spirituelle est réussie, la démarche rétrospective de l’écriture également, mais l’œuvre prend trop son lecteur par la main. Yance en dit trop et ses nouvelles ne parviennent pas à susciter une quelconque réflexion, ce qu’on pourrait s’attendre d’un recueil comme celui-ci.

Marc Laliberté