Godin dépoussière le souvenir d’un homme ayant influencé le Québec contemporain à plusieurs égards. Au bout du compte, on fait la connaissance d’un personnage créatif et globalement apprécié. Alors que le documentaire faisait son entrée en salles, Impact Campus a rencontré son réalisateur, Simon Beaulieu.

Lorsqu’on demande à Simon Beaulieu si à son avis, Gérald Godin est méconnu des Québécois, il répond sans trop hésiter que c’est plutôt le cas, mais que son désir de réaliser ce documentaire provient justement de sa propre méconnaissance. «J’ai réalisé que je connaissais mal l’histoire du Québec. J’ai décidé de lire là-dessus pour la réapprendre, l’enseigner à moi-même. Dans le processus, j’ai découvert Gérald Godin, un personnage fascinant et inspirant: poète, député, ministre, mari de Pauline Julien… je me suis dit que ça ferait une belle histoire à raconter au cinéma», raconte le réalisateur, qui a travaillé cinq ans à l’élaboration de ce deuxième long-métrage. En 2005, celui-ci présentait un film sur le peintre Serge Lemoyne, qui lui a «certainement ouvert une porte permettant d’accomplir Godin». Il admet toutefois que son second documentaire est plus poussé sur le plan de la recherche historique.

«Quand on fait un truc sur un personnage historique, pour bien le comprendre, il faut être capable d’établir le contexte de base», souligne Simon Beaulieu en guise d’introduction à ses méthodes de recherche. Après avoir bien cerné les grandes lignes de l’Histoire du Québec, en portant une attention toute particulière à la Révolution tranquille jusqu’au dernier référendum, l’auteur de Godin est entré dans l’intimité de son sujet. Il a parcouru sa poésie, son journalisme et les livres édités par et sur lui. Vint ensuite le temps d’évaluer la disponibilité des archives et leur qualité. «On a éliminé beaucoup, beaucoup de matériel. Il fallait trier pour essayer de tisser une trame qui allait à l’essentiel et qui saisissait l’homme sous toutes ses dimensions», affirme Beaulieu, qui est arrivé au montage avec 500 heures de matériel vidéo. Cette étape a d’ailleurs nécessité presque 14 mois de travail.

Le «député-poète»

S’il a dû écarter du matériel pour boucler le documentaire, Beaulieu soutient qu’il était important de faire valoir autant le poète que l’homme politique en Gérald Godin. «Ce qui est inspirant, c’est sa vision du monde et son projet de société, qu’il a essayé de transmettre à la plus grande partie des gens», dit le cinéaste à propos du personnage qui fut notamment ministre de l’immigration et responsable de l’application de la charte de la langue française. « Heureusement, l’édition, la poésie, le journalisme, la politique et même son amour pour Pauline Julien cohabitaient pour représenter ce projet de société, étant d’abord son projet de vie.»

C’est aussi pour ce «projet de société» que Simon Beaulieu, lui-même indépendantiste, a décidé d’en faire un film. «Gérald Godin a travaillé toute sa vie pour transmettre ses idées et montrer une autre image de la politique» pense-t-il, retenant de ce long processus qu’il est possible de faire de la politique avec le cœur, en défendant des notions comme la justice, la liberté et l’égalité. «J’ai fait ça pour détailler ma pensée, pour exprimer ma vision du monde à travers le sien.»