Le spectacle de l’Ottawa culturel n’est pas sans exotisme dans le récit de Pierre Raphaël Pelletier. Entre l’étreinte de la rue et la fièvre des cafés présente le train-train d’un auteur de carnets qui occupe ses nuits à la peinture et ses jours, dans les cafés, à combattre l’alcoolisme à grandes goulées de boissons chaudes. En s’imaginant les rues proprettes de la capitale canadienne, son ennui proverbial pour nous, Latins du nord, on se trouve dépaysé, en effet, devant le portrait de bohème brossé dans ce récit. Les galeries, les artistes et les junkies donnent à la ville cette figure rebelle, tapie derrière le parlement.

Ce n’est pas sans rébellion que le récit de Pelletier se livre; quelques charges naïves contre des enjeux prémâchés, quelques critiques molles et un peu rêveuses traversent les pages. Le narrateur esthète se montre volontiers grinçant contre la laideur du monde. Il y a aussi quelques actions, des dialogues creux et artificiels échangés entre des personnages diaphanes; on trouve des tentatives stylistiques malheureuses, comme les premiers chapitres qui, versés dans la prose poétique, riment sans harmonie, rendant ce son rêche et malhabile que produit la poésie lorsqu’elle est forcée de comparaître dans un livre où elle n’est pas la bienvenue.

Trop de choix, en définitive, n’ont pas été faits dans ce récit : on sent le collage d’anecdotes, le refus de la continuité, la construction en carnet qui finit, à trop se diffracter, par ressembler à un cahier d’écolier. On pense à Annie Ernaux pour la narration si peu narrative; on pense aux essais de Robert Lalonde pour ses réflexions narrées, mais en plus plat, toujours, en plus fade, en moins construit.

Bien sûr, on trouvera dans ces pages une vérité, c’est-à-dire une voix vraie qui, sans concession, voue un culte à l’art. L’art, oui, a la part belle dans ce livre, mais la manière dont celui-ci s’articule, la lâcheté de sa structure ne convainc pas un lecteur esthète, qui recherchera plutôt les doucereux fragments d’un André Major ou les visites des cafés  d’André Carpentier.

David Bélanger