Alexandre Fecteau impressionne dans sa première mise en scène au Théâtre du Trident. Un Rhinocéros vivant et très actuel.

Ariane Tapp

rhinoceros_parVincentChampouxLe rideau s’ouvre sur un décor plus vrai que nature : une pharmacie, un casse-croûte, un gym, un bureau, des vestiaires et même une douche. Le réalisme dans l’absurde. C’est là que Jean et Bérenger ( Jean-Michel Déry et Israël Gamache, très convaincants ), ainsi que les autres personnages, assisteront au passage pour le moins inusité d’un rhinocéros, symbolisé par une corne métallique géante sous verre et sur roues. Quelques instants plus tard, un second rhinocéros traverse la scène… Ou était-ce le même ? Avait-il une ou deux cornes ? Était-ce un rhinocéros d’Asie ou d’Afrique ? En parallèle des tergiversations et de plus en plus rapidement, les citoyens grossissent les rangs des rhinocéros, abandonnant leur humanité. Tous ? Non. Bérenger, l’homme ordinaire, sans culture, sans goût ni ponctualité, mais avec un fort penchant pour l’alcool, résistera encore et toujours à l’envahisseur.

Le texte philosophique de Ionesco est rendu de manière active, avec l’aide de nombreux objets ( appareils de mise en forme, cornets de crème glacée, sacs cadeaux, etc. ). Ainsi, la pièce, qui aurait pu sombrer dans les dialogues figés et les longueurs, reste dynamique, et les discussions sérieuses gagnent en humour et en symbolique. Les costumes, les couleurs et les matériaux ont été choisis avec soin. Quelques entorses au texte d’origine contribuent à l’actualiser, dont la féminisation du personnage de Botard, qui rappelle ouvertement la matricule 728. Dans la mise en scène de Fecteau, la rhinocérite renvoie autant sinon plus à la surconsommation et au conformisme qu’au totalitarisme que le dramaturge franco-roumain avait en tête en 1959. On pose la question au spectateur : succomberiez-vous au clinquant des rhinocéros? Vous fondriez-vous dans la masse? Ou vous opposeriez-vous fièrement dans votre robe de chambre carreautée ?

Les réactions étaient positives à la sortie de la salle Octave-Crémazie, bien remplie en ce 7 mars. Nous ne pouvons qu’espérer qu’il en soit ainsi jusqu’au 30 mars.