ACH003312820.1360817794.580x580Avec 2054, Alexandre Delong propose un monde futuriste où la puissance des  Économistes a tout emporté aux dépens des Éthiciens. C’est dans ce nouvel univers centré sur le gain et son appât que déambule Ethan Price, jeune étudiant en médecine des plus prometteurs, en qui les compagnies boursières voient un investissement d’une rentabilité inégalée. Le jeune rookie, dont la cote boursière ne fait qu’augmenter depuis sa mise en marché, est promu à un avenir aussi pompeux que performatif dans le monde du Marché absolu; véritable règne d’une vorace compétition dans lequel les grands carnassiers n’hésitent pas une seule seconde à exploiter jusqu’à la moelle le capital humain de leurs « actifs », menottés à la devise des fameux trois Té : compétitivité, sécurité et solvabilité.

Que reste-t-il donc de la nature humaine dans cette jungle numérisée et aseptisée, où l’acte sexuel se résume au contact électronique de deux avatars dans un cyberespace ? Voilà un peu la question à laquelle Ethan Price est confronté bien malgré lui au fil d’un enchaînement d’actions enchevêtrées qui l’entraînent jusque dans l’Arrière-monde, là où le contrôle du Marché n’est pas aussi total et où les réponses à certaines questions peuvent être découvertes.

Dans ce premier roman, Alexandre Delong livre une critique nuancée des combats qui déchirent la démocratie d’aujourd’hui. Dans une logique mercantile très réaliste, Delong donne un aperçu de ce que le concept du capital humain, une fois posé au centre des intérêts mondiaux, aurait comme impact sur l’individu et son for intérieur. Cette vision dystopique du futur dépasse cependant la simple réflexion abstraite, puisque c’est au cœur d’une véritable enquête criminelle, aussi réelle que cybernétique, que nous plonge l’auteur. Sans rejoindre le roman de science-fiction, Delong conserve la simplicité du roman policier tout en évitant les grands effets spéciaux maladroits. Le tout mélange un mode de narration traditionnel et une intéressante représentation des informations qui apparaissent sur la tablette électronique d’Ethan. Pour tout dire, c’est à une plume honnête et efficace qu’il oblige ce premier roman, tirant parfois un peu trop vers l’accumulation de descriptions, mais prouvant finalement une maîtrise certaine du deus ex machina, dans une tragédie futuriste d’un homme plus ordinaire qu’il pourrait paraître au premier abord.

Arnaud Ruelens-Lepoutre