Dans la foulée des acclamés Variations fantômes et Ornithologie, la nuit, l’auteur-compositeur-interprète montréalais Philippe B vient de faire paraître La grande nuit vidéo, son cinquième album solo. Un album très réussi qui vient, par l’approche cinématographique cette fois, reprendre l’habitude de l’artiste de brouiller et varier les influences.

L’équipe d’Impact Campus s’est efforcée de débrouiller un peu les cartes et d’affronter la poussière, le bruit et la voix de Philippe qui lui parle doucement au téléphone.

C’est souvent la nuit dans tes titres d’albums, que ça parle d’ornithologie ou de vidéos. Qu’est-ce que tu as contre le jour? 

Philippe B. : J’ai rien contre le jour, mais je dirais plus que je suis pro-nuit. Je ne suis pas contre rien. La nuit ça arrive un peu dans mes thématiques malgré moi. Je vis souvent sur un rythme de nuit.

Pour ce qui est de la chanson, la nuit agit de la même manière qu’un chalet dans le bois. Ce genre d’isolement là que plusieurs auteurs vont chercher, la nuit fait ça au quotidien. Tout le monde dort, il y a plus rien à la tv, souvent il y a même rien de nouveau sur Facebook (rires). Je peux me dire « ok je vais aller me concentrer ». C’est un peu un focus sur un espace de liberté de création, sans distractions. J’ai encore écrit cet album-là (La grande nuit vidéo) de nuit, pas strictement, mais une bonne partie. J’ai hésité longtemps pour le titre, pour éviter l’association trop directe, mais finalement des noms qui sont restés c’est celui qui représente le mieux ce que je voulais accomplir.

C’est souvent pas mal référentiel tes affaires. On y parle de classique, de reprises, de cinéma. Dans quoi est-ce que tu prévois piger la prochaine fois?

Dès qu’un album se termine on pense à l’après, au suivant. Celui-là ce n’était pas une révolution, pas un grand virage, je sens qu’on continue dans le même chemin (qu’avec les albums précédents) mais on s’améliore et ramasse plus large thématiquement avec chacun. LGNV est plus romancé, j’y parle beaucoup d’intimité et de couple aussi. L’univers est plus serré aussi, c’est toujours les mêmes personnages. Et c’est moins un rassemblement de chansons que ce que j’ai pu faire avant. Il y a constamment des petits changements, des risques calculés, comme la présence de Laurence (Lafond-Beaulne, aussi membre de Milk & Bone). De donner des moments de lead singer à quelqu’un d’autre comme ça et de dépasser le simple rôle de soutien et d’arrangement c’était nouveau pour moi. Je ne sais pas ce qu’on va trouver pour se surprendre avec le prochain encore!

Tu as beaucoup réalisé d’albums (avec Groenland, Les Soeurs Boulay et Carl-Éric Hudon entre autres) récemment. Comment relies-tu cette expérience-là à ta propre écriture?

Pour moi c’est complémentaire dans la mesure où c’est une job similaire, on apprend et on évolue en travaillant avec les paroles et les demandes des autres. On construit la matière sonore des autres. Mais c’est aussi différent parce que c’est de la commande, je ne suis pas là pour développer mes goûts. C’est beaucoup de choses à faire de tasser son ego et travailler à faire la meilleure version de l’autre possible. Le focus est ailleurs, ça m’aide à me mettre au défi et à ne pas stagner, mais il ne faut pas que je pense que c’est mon trip à moi. Je dois m’oublier un peu là-dedans.

Pour l’orchestration c’est du travail et des apprentissages constants. Pour LGNV, on s’est payé le luxe avec un orchestre de 15 musicien.ne.s, alors le travail que je fais ailleurs vient clairement aider à écrire pour ça.

Le dernier album est beaucoup influencé par le cinéma, as-tu des favoris ou des recommandations?

En brassant les idées, je me suis demandé quels sont mes films préférés et dans quoi est-ce que je peux piger pour écrire. C’est pas nécessairement les films que j’aime qui ressortent dans le processus d’écriture. Même si ça ne ressemble pas à ma vie, souvent c’est la science-fiction un peu sombre qui me rejoint, notamment l’original Blade Runner. Thématiquement, je parle aussi beaucoup de violence et de sa consommation quand il n’y en a pas vraiment dans nos vies. Unforgiven, un western de Clint Eastwood parle justement de la violence et comment on peut s’extraire de son cycle. Cronenberg aussi, avec History of Violence! Super bon aussi C’est vraiment axé sur l’Amérique. Quand c’est autant ancré dans notre histoire, peut-on s’en sortir?

Dans la genèse de l’album, les premières idées qui m’ont amené vers le cinéma viennent du travail d’Hitchcock. Je montais un spectacle de danse avec ma copine, Karina Champoux, sur l’univers d’Hitchcock. J’ai justement commencé à fabriquer les chansons Rouge-gorge et Les enchaînés pour ce spectacle-là.

Tu seras à l’Impérial le 21 Octobre! Comment abordes-tu la tournée de LGNV?             

Je suis super content d’avoir Laurence, qui chante le lead quelque fois sur l’album. C’est un des personnages de l’album pour moi, il fallait qu’elle l’incarne pour vrai et on a réussi à faire fonctionner ça dans nos disponibilités! Le band et moi, on revient à quelque chose de plus synthétisé, comme à la fin de l’album. C’est comme si je prenais la balle au bond et que je reprends mes classiques influences avec mes synthés. On a aussi Manon De Pauw qui a conçu des projections. Je me suis un peu payé le trip encore pour la présentation, c’est très graphique, épurée, simple et c’est complémentaire au reste du spectacle.

Philippe B sera en spectacle à l’Impérial Bell le 21 octobre prochain.