Critique littéraireRoman adorable comme tout, La courte année de Rivière-Longue, le tout premier roman d’Elise Lagacé, se distingue notamment par sa mise en lumière de personnages bien singuliers. Ils ont tous un « je ne sais quoi » qui nous les rend attachants. On a Aline, qui quitte le village. Elle en a assez. Les habitants eux, connaissent la raison de son départ, mais n’en discutent pas. Pourquoi ? Parce qu’à Rivière-Longue on a mieux à faire que placoter par-ci par-là. Chacun s’occupe de sa petite vie. On y travaille dur par exemple, ça oui. On y vit bien modestement aussi, et on se limite au devoir quotidien. Vivre autrement ? À quoi bon ? On possède le nécessaire ici. On a tout à notre portée. On a faim ? Martin le pêcheur, lui, navigue pour rapporter du succulent poisson. La petite Marcelle, fille d’Aline, aime le déguster en compagnie de Martin. Madeleine, boulangère, pétrit la pâte à pain au petit matin. Les estomacs de nos villageois, creusés par le labeur, apprécient son délicieux travail. On a besoin d’outils ? La quincaillerie n’est pas bien loin. Inutile d’aller en ville : au village, on s’autosuffit !

Un de ces jours, Rolland arrive au village. Il y amène non seulement le changement, mais aussi l’espoir. Il s’y développera ensuite un esprit de fraternité, chose peu commune. Sa venue déclenchera une panoplie de petites péripéties qui vous réchaufferont le cœur.

Plus généralement, on peut dire que l’auteure pose un regard critique sur notre propre société. Au fil de notre lecture, il nous vient sans doute en tête quelques réflexions en ce qui a trait à nos propres habitudes de vie. Surtout, que le roman d’Elise Lagacé paraît à une époque littéralement moderne. Une époque où la consommation est grande. On pourrait dire que l’œuvre contraste bien avec la modernité d’aujourd’hui. C’est plutôt agréable de s’y laisser transporter. Roman sans artifice, La courte année de Rivière-Longue dévoile sans doute au lecteur la réelle importance des choses. On n’est pas en ville. À Rivière-Longue, on s’approprie l’essentiel. C’est un retour aux sources que nous suggère cette lecture.

Finalement, on se laisse entraîner dans un monde sensible. Cette sensibilité, on la perçoit par la naïveté de certains personnages, par la petite Marcelle, délaissée, par le langage tout en douceur de la jeune Simone, âgée de seulement trois ans. L’auteure jongle aussi avec les mots pour nous faire sourire, en employant parfois des termes tout simplement coquets.

Elise Lagacé tisse cette belle histoire avec finesse. Vous en serez charmé !

Marie-Christine Gagnon