C’est à Karim Ouellet qu’incombait la tâche de réchauffer la salle, qui trépignait d’impatience depuis un bon moment. Ses compositions, en version « chansonnier », sont sympathiques mais nécessiteraient quelques ajustements techniques pour bien convenir à ce format épuré, surtout sur le plan vocal dans les passages plus intenses – peut-être une question de distance par rapport au micro ?

Tantôt touchant, tantôt drôle, Philippe B démontre de fines qualités d’interprète. Le public rigole franchement, notamment dans la mignonne Archipel. Encore une chanson de souvenirs d’enfance ? Peut-être, mais certainement pas une de trop; le ton est juste, à des kilomètres de la nostalgie quétaine. Les inconditionnels de son dernier album n’ont pas été déçus; le programme était en majeure partie composé de morceaux tirés de Variations fantômes, avec quelques incursions dans les opus précédents. D’un signal du bout du pied, les samplings donnent une seconde vie aux extraits classiques qui s’intègrent comme un charme aux pièces, malgré l’absence de musiciens supplémentaires. La magie opère, la symbiose entre mots et musique est génératrice de frissons. Petite leçon des ténèbres émeut, California girl enthousiasme la foule, et Nocturne #632 surprend agréablement avec son habillage minimaliste.

Le guitariste s’excuse de l’oubli de sa feuille de programme, de la précarité de la vis de son support à harmonica, de la perte de son plectre, mais le public, déjà conquis, ne peut que trouver le guitariste plus attachant malgré ces maladresses qui n’en sont pas vraiment.

Probablement étonné de l’accueil très chaleureux du public présent au Cercle, Philippe B semble momentanément décontenancé par le rappel; lors du deuxième, il avoue carrément ne pas savoir quoi jouer, avant de nous servir une excellente version « pas vraiment rodée » de Mort et transfiguration d’un chanteur semi-populaire. Finale soignée et très à propos.