Ce jeudi 12 juillet apportait son lot de musiques diverses au Festival d’été de Québec, d’Aerosmith sur les Plaines d’Abraham à Ariane Moffatt à l’Impérial. Du côté du Parc de la Francophonie, ce sont trois chanteuses québécoises qui ont tenu le fort.

Cyril Schreiber

La première d’entre elles, Laurence Hélie, était la plus jeune, la moins expérimentée, et avait pour mission de démarrer la soirée, ce qu’elle a parvenu à faire dans une moindre mesure. Récipiendaire en 2011 d’un Félix (meilleur album country), la Beauceronne d’origine, qui est souvent venue au FEQ en tant que spectatrice, a chanté plusieurs titres de son premier album éponyme, en plus de reprendre efficacement et de manière surprenante Patrick Norman (Quand on est en amour) et Vanessa Paradis (Marylin & John). Côté compositions, si ses musiques sont classiques mais intéressantes, certains de ses textes, qui parlent d’amour et de la peur du bonheur, ne sont malheureusement pas à la hauteur. C’est dommage, d’autant plus que Laurence Hélie a une manière de chanter et un accent qui lui sont propres. Espérons qu’au fil de sa carrière, elle saura s’affranchir de ce son un peu trop propret, radiophonique, et explorer de nouvelles formes tout en restant dans le folk-country, genre dans lequel un succès mérité l’attend.

Deuxième tête d’affiche, la déjà plus expérimentée Diane Tell, native de Québec et maintenant Française d’adoption. C’était un peu un retour aux sources pour la chanteuse qui a toujours un timbre de voix reconnaissable et intact (malgré une sonorisation déficiente, premier problème de la soirée). Si Tell s’est permis quelques nouveaux titres de son récent album Rideaux ouverts, dont l’excellent single En pointillé, c’est surtout ses grands classiques qui ont retenu l’attention : Souvent longtemps énormément, Gilberto, Si j’étais un homme et bien sûr l’inusable Légende de Jimmy, qui reste une très belle chanson. Soyons honnêtes : la pop entraînante de Diane Tell est non seulement agréable à entendre, mais elle a d’une certaine manière marqué la chanson francophone d’ici et d’ailleurs. Ce spectacle à Québec, où elle est venue si peu au courant des dernières années finalement, a cependant contenu quelques touches de swing et de jazz, grâce notamment à la présence d’une clarinette et d’un accordéon. Seuls points négatifs : une certaine maladresse sur scène, et quelques titres qui étaient inutilement trop longs. Sinon, un bon moment réjouissant.

L’expérience atteignait des sommets avec le clou de la soirée, la vénérable Renée Martel, qui vient de fêter ses 60 ans de carrière. Pour l’occasion, le Festival d’été lui a remis, à juste titre, le prix Miroir de la renommée plus tôt en après-midi, et de nouveau lors de sa prestation. Récompense méritée pour celle qui a vendu quelques millions d’albums au cours des dernières années. Renée Martel entamait ce soir-là une nouvelle tournée découlant de son plus récent disque, Une femme libre. Chansons récentes et grands succès étaient au programme, ces derniers étant tellement nombreux qu’il a fallu les ramener dans un long pot-pourri. Évidemment, les incontournables Liverpool, Je vais à Londres et J’ai un amour qui ne veut pas mourir étaient de la partie.

La reine du country au Québec avait pour l’occasion invité ses amis à partager la scène Loto-Québec avec elle et ses musiciens : Paul Daraîche, Pierre Flynn, Annie Blanchard et Mara Tremblay sont ainsi venus prêter leurs voix et leurs instruments sur plusieurs titres. Si le premier n’a pas laissé de souvenir impérissable, le second a permis un beau moment avec sa chanson Nous vivrons, chantée en duo avec Martel. Quant aux deux filles, elles étaient particulièrement efficaces en trio sur une reprise en forme d’hommage aux sœurs McGarrigle, avec Complainte pour Ste-Catherine. On les a cependant trop peu entendus, puisque des problèmes sonores semblent persister au Pigeonnier.

Certes, certaines chansons sont tellement étiquetées « country » qu’elles en deviennent un brin kitsch. Certes, Renée Martel, malgré une forme globale, a éprouvé quelques moments gênants (oubli de paroles, décalage avec la musique, etc.). Mais sa musique, en plus d’être franchement entraînante, est simple et efficace. Populaire, dans le bon sens du terme. Ce spectacle, porté sur la nostalgie, aura été l’occasion peut-être unique de voir en chair et en os cette grande dame de la chanson québécoise, aime ou aime pas. Et puis, 60 ans de carrière, ça force le respect…