Dès les premières répliques, le personnage principal s’empresse de nous dire qu’elle n’a qu’une heure quarante minutes – la durée de la représentation – pour mourir. Naviguant entre humour et détresse, W; T ne peut laisser indifférent. Coproduite par le Théâtre Niveau Parking, la pièce est présentée au Théâtre de La Bordée jusqu’au 28 mars 2015.

Vous êtes une sommité du monde littéraire ayant consacré votre carrière sur les sonnets métaphysiques de John Donne. Vos élèves vous craignent, vous respectent. La rigueur et la passion sont vos mots d’ordre. S’il n’avait été que de votre cancer des ovaires, vous auriez pu être au sommet de votre art. Votre seule chance de guérison : un traitement expérimental qui, à défaut de vous sauver, pourrait faire avancer la science. En somme, c’est ce que raconte W; T (Wit), l’histoire de Vivian Bearing, cette brillante professeure de poésie anglaise du XVIIe siècle.

L’auteure, Margaret Edson, nous fait suivre Vivian à travers ses réflexions. On la voit humiliée, dépossédée de son corps, le laissant tout entier à la médecine. On la découvre aussi remplie d’une humanité nouvelle.

On navigue entre émotion et ironie, inconfort et lucidité. Dès le lever du rideau, le ton est lancé : « Je crois que je meurs à la fin », dit-elle, brisant du même coup le quatrième mur. Si W; T signifie vivacité d’esprit, Vivian incarne à merveille cet esprit vif.

Lorraine Côté, qui incarne Vivian, offre une performance époustouflante. On rit aux éclats lorsqu’elle note de façon sarcastique le manque d’humanité de certains membres du corps médical. On rit parfois jaune lorsqu’elle parle de la paresse de ses étudiants. Toutefois, son humour touche toujours le spectateur. Le reste de la distribution brille également. Simon Lepage campe bien le rôle du jeune médecin qui privilégie la science au détriment du côté humain de la médecine, le docteur (Jacques Leblanc) se veut sincère et assumé tandis que l’infirmière (Marie-Josée Bastien) est maternelle et prévenante. Le tableau se veut à la limite du cliché, sans jamais y succomber totalement.

La mise en scène signée Michel Nadeau est sobre; l’attirail de chambre d’hôpital succède à quelques meubles qui font office de bureau de médecin. Éléments non négligeables : deux grands écrans trônant au milieu et au-dessus de la scène projettent tantôt des images de pièces tenant lieu de bibliothèque, tantôt des extraits des écrits de John Donne.

Seul véritable bémol : la courbe dramatique. Vivian nous prévient qu’à un certain moment la courbe dramatique va s’accélérer. C’est peut-être l’annonce en elle-même ou le fait que le public s’y attend qui crée une césure dans le rythme de la pièce. Comme si la charge émotive de la mort éminente était trop près.

Le tour de force de la pièce, traduite de l’anglais par Maryse Warda, est qu’elle sait ne pas mettre le spectateur en face de sa propre mort.