En 1985, un jeune écrivain britannique du nom de William Boyd était l’invité de l’animateur français Bernard Pivot dans le cadre de l’émission Apostrophes. Ce dernier promettait de rembourser le prix de Comme neige au soleil à tout lecteur qui serait déçu par ce livre. Vingt-cinq ans plus tard, Boyd ne cesse d’envoûter les lecteurs.

C’est en rendant visite à sa mère dans la paisible campagne anglaise que Ruth, professeure d’anglais et étudiante au doctorat à Oxford, hérite de quelques pages de son journal secret. Ce qu’elle y découvre, c’est le récit d’une jeune russe qui, à la mort de son frère, hérite de son poste comme agent secret pour le compte du gouvernement britannique. Son nom: Eva Delectorskaya. Dès le début, Ruth ne croit pas à cette histoire, au fait qu’il puisse s’agir de sa mère. Pourtant, plus le récit progresse et plus le voile autour du passé d’Eva-Sally se lève. Il ne reste, au final, que le doute et la peur de voir sa mère disparaître.

La vie aux aguets est un diptyque couvrant, d’un côté la vie de mère monoparentale de Ruth Gilmartin et de l’autre la mystérieuse existence de l’espionne Eva Delectorskaya, une émigrée russe. L’astuce qu’utilise Boyd fonctionne à merveille: à chacune des visites de sa fille, Sally remet la suite du manuscrit retraçant son passé d’espionne. Cela permet donc au lecteur de suivre le quotidien de Ruth tout en tombant, au chapitre suivant, dans le maquis des relations diplomatiques de la Seconde Guerre mondiale. Le talent de Boyd est justement dans cette alternance efficace entre les deux histoires qui se complètent et se font écho. Ainsi, l’excentricité de cette vieille dame au début du roman s’explique par le conditionnement reçu lors de sa formation en Angleterre. En effet, Sally Gilmartin, alias Eva Delectorskaya, a une bonne raison de craindre pour sa vie comme on le découvre dans les dernières péripéties de ses aventures. Elle qui travailla pour l’occulte agence BSC (British Security Coordonation) n’a pas tout à fait réglé son compte avec le passé. Elle espère le faire avec l’aide de sa fille.

Pour certains, la structure du roman de Boyd peut déranger. En ce sens, beaucoup se sentiront beaucoup plus intéressés par Eva Delectorskaya que par Ruth et sa mère. Néanmoins, Boyd réussit quand même à tenir le lecteur en haleine en lui fournissant plusieurs occasions d’apprendre sur les côtés les plus méconnus des relations britanno-américaines. À ce propos, Boyd dévoile le rôle propagandiste de la BSC, une agence qui a réellement existé, et dont l’objectif était de convaincre les Américains de s’engager dans le conflit. Au final, La vie aux aguets est une mise en garde: ne faites confiance à personne.

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