Le prix Nobel de la paix 2013 a été décerné, vendredi 11 octobre dernier, à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).  Dans le tumulte du démantèlement de l’arsenal chimique syrien, ce prix soulève la controverse, alors que la jeune Pakistanaise Malala Yousafsai faisait figure de favorite.

Margaud Castadère-Ayçoberry

La décision du comité Nobel d’Oslo d’accorder le prix 2013 à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) laisse place à l’incrédulité. Cette organisation fondée en 1997 et basée à La Haye est primée « pour son travail considérable en vue d’éliminer les armes chimiques », a déclaré vendredi depuis Oslo le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland. Méconnue du grand public, l’OIAC a déjoué tous les pronostics qui avaient déjà consacré Malala Yousafsai, cette Pakistanaise âgée de 16 ans, rescapée des talibans et militante ardente du droit à l’éducation pour les jeunes filles dans le monde.

Aucun lien avec le confit syrien, selon le comité Nobel

L’OIAC, qui œuvre dans l’ombre depuis une quinzaine d’années, a été récemment mise sous les feux de l’actualité depuis la résolution 2118 du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies, qui vise la destruction des armes chimiques en Syrie. D’ici le 30 juin 2014, l’OIAC est chargée de superviser le démantèlement de l’arsenal d’un millier de tonnes d’armes chimiques de Bachar al-Assad.

Mais le comité Nobel réfute tout lien avec le conflit syrien. L’organisation du prix Nobel a d’ailleurs tenu à préciser par Twitter que le prix décerné à l’OIAC n’a « pas été accordé à cause de la Syrie mais pour son travail de longue date ». Il n’empêche que sans la Syrie, jamais l’OIAC n’aurait reçu une telle distinction et l’organisation serait restée inconnue du grand public.

Malgré cette controverse, la remise du prix Nobel à l’OIAC répond bien à la philosophie du prix Nobel de la paix. Selon l’idée d’Alfred Nobel, ce prix doit récompenser « la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix ».

L’OIAC est chargée de mettre en œuvre et de veiller à l’application de la Convention internationale sur l’interdiction des armes chimiques, signée le 13 janvier 1993. Depuis 1997, l’OIAC a supervisé la destruction de 80% des agents chimiques mondiaux connus et 57 000 tonnes d’armement. Le comité Nobel récompense donc le long et laborieux travail de cette organisation.

« Il aurait dû me revenir »

Dans une entrevue accordée au quotidien libanais prosyrien al-Akhbar, publiée ce lundi, le président syrien Bachar al-Assad a déclaré, en plaisantant, qu’il aurait dû recevoir le prix Nobel de la paix. « Il aurait dû me revenir », a-t-il ironisé dans cet entretien-fleuve, alors que les violences en Syrie ont déjà fait plus de 115 000 morts.

Sur un ton plus sérieux, il revient sur la question des armes chimiques et affirme que son pays a arrêté la production de ce type d’armes depuis 1997. Il confie au quotidien libanais qu’il ne regrette pas de renoncer à son arsenal chimique. Toutefois, il concède que cette démarche constitue « un revers moral et politique ».