Le militant russe Alexeï Navalny estime que les Jeux de Sotchi coûteront près de 50 milliards de dollars. Sur son site Internet, l’Encyclopédie des dépenses olympiques, il allègue que de cette somme, plus du tiers serait glissé dans les poches d’amis, de la famille ou d’autres proches du gouvernement.

Jacques Lévesque est spécialiste des politiques interne et externe de la Russie à l’UQAM. Il n’est pas surpris des chiffres qui ressortent des analyses d’Alexeï Navalny. Il confie qu’il croit lui-même que le 30% de «pertes» est sous-évalué. «Sur les 50 milliards que vont coûter les jeux, j’aurais dit même que 40% du coût total est allé directement dans les poches des amis du gouvernement. Tout ça va passer dans les détournements ou les surcharges. Le coût réel aurait été peut-être de 20 milliards de moins», continue M. Lévesque.

Le spécialiste de la Russie explique d’emblée que la corruption, bien que très présente, est difficile à faire sortir à la lumière. «Tout ça étant très clandestin, on sait vraiment vaguement comment ça se passe. C’est à dire, c’est par influence politique que s’obtiennent les contrats, comment se négocient les marges de bénéfice, les coûts et les faux couts, etc.», a-t-il amené.

Problème chronique

Jacques Lévesque parle d’un problème de corruption endémique dans le système. Il considère que le problème ne vient pas uniquement de la Russie, mais y va d’une comparaison avec la Chine, où se sont tenus les Jeux olympiques d’été en 2008.  «En Chine, il n’y a pas de gens comme Navalny et on en sait un peu moins, mais ça reste des sommes tout à fait gigantesques qui sortent», a estimé le professeur de l’UQAM au sujet du militantisme presque absent en Chine.

M. Lévesque rappelle qu’en Russie, les médias jouissent d’une liberté qui n’a rien à voir avec celle des Chinois, pour qui l’accès à Internet est contrôlé très sévèrement. «C’est un monde de différences entre la Russie et la Chine. Évidemment, les médias russes sont souvent tenus par des gens qui sont près de l’État, mais il y a tout de même un certain nombre de chaines semi-publiques comme écho-moscovi où les gens disent tout ce qu’ils veulent. Évidemment, il peut parfois y avoir des poursuites, mais n’empêche, ça reste bien plus libre», a-t-il persisté.

Poutine intouchable?

À savoir si le président Poutine est intouchable dans cette histoire, Jacques Lévesque a semblé hésitant. «Non évidemment, il n’est pas intouchable. Un scandale peut toujours sortir et le faire basculer, toutefois, il a les deux pieds bien ancrés au sol», a-t-il expliqué.

Le professeur parle de certains éléments qui rendent Poutine très solide à son poste. «Il a lui-même été le chef de la sécurité en Russie, il sait très bien comment se protéger en jouant avec les ficelles du pouvoir, que ce soit celui de l’exécutif ou du judiciaire», a-t-il affirmé.

Pour le moment, le président russe ne semble pas embêté outre mesure par les allégations de corruption de M. Navalny. «Peut-être que, justement, le président ne veut pas trop lui donner d’attention. Il espère qu’on oubliera bien vite au profit des Jeux».