Le mot austérité prend une grande importance actuellement dans le débat public. C’est pourquoi les étudiants membres du groupe Québec Solidaire de l’Université Laval ont invité Andrés Fontecilla , anthropologue, mais surtout co-porte-parole masculin de Québec Solidaire à parler de l’élection surprise du parti de gauche Syriza en Grèce.

Impact Campus : L’austérité est-elle une fatalité ?

Andrés Fontecilla : Non, elle n’est pas une fatalité. On peut s’en sortir. On peut trouver d’autres moyens. Ce n’est pas en coupant dans les services publics et dans les services donnés à la population que l’on va régler l’austérité. Cela peut même aggraver une situation problématique et induire une crise économique.

IC : Quel est le but recherché par l’austérité ?

AF : Fondamentalement, elle sert à payer de manière accélérée la dette parce que le gouvernement en fait une obsession. Mais derrière tout ça, l’objectif principal est de réduire la taille de l’État.

IC : Pour quoi l’élection de Syriza est-elle importante ? Pourquoi en parle-t-on ici ?

AF : Parce que c’est une première . Malgré les différences énormes entre la Grèce et le Québec, la logique de la politique d’austérité en Grèce est la même que celle des politiques d’austérité du gouvernement de Philippe Couillard.

IC : Par contre, la situation est très différente entre le Québec et la Grèce ?

AF : Il y a des différences énormes, mais la logique et les préceptes économiques qui se trouvent derrière sont les mêmes ici ou là-bas.

IC : On parle beaucoup de corruption au Québec. Est-ce que le phénomène a la même ampleur en Grèce ?

AF : Non. En Grèce, le clientélisme et la corruption sont des problèmes endémiques et très généralisés. Par contre, nous ne sommes pas immunisés. Nous avons vu avec la commission Charbonneau que la corruption existe à des niveaux très élevés. En moyenne, nous payons nos travaux publics 30% plus chers que dans le reste du Canada. La corruption existe et c’est un problème.

IC : Le Québec fait partie du Canada. La Grèce fait partie de l’Union européenne. Est-ce que faire partie d’un plus grand ensemble a un impact sur les politiques d’austérité et leurs effets ?

AF : Tout à fait. Dans le cas du Québec et de la Grèce, nous n’avons pas accès à un outil fondamental de développement économique ; le contrôle de la monnaie. Ce n’est pas le Québec qui contrôle la monnaie et ce n’est pas la Grèce qui contrôle l’euro.

Le contrôle de la monnaie nous permet, par exemple, d’investir davantage dans l’économie publique. Au risque de dévaluer la monnaie, oui, mais afin de justement de promouvoir et maintenir la vitalité et le dynamisme économique.

IC : J’imagine que vous le souhaitez, mais pensez-vous que ce qui est arrivé à Syriza, une victoire fracassante, pourrait arriver à Québec Solidaire ?

AF : Je le souhaite, mais ce qui est arrivé à Syriza, c’est la conjonction d’une situation très particulière et d’une crise très très profonde ce qui n’est pas le cas encore, heureusement, au Québec.