Longtemps muselées sous le gouvernement taliban, les femmes afghanes ont brisé leur silence et s’impliquent de plus en plus dans la société civile. Alors que l’Afghanistan s’apprête à vivre une transition difficile, les femmes expriment leur désir de participer au changement. Leur présence massive aux élections présidentielles de cette année témoigne de leur détermination de revoir la place de la femme en Afghanistan.

 Yascha Wecker

Pendant longtemps, la destinée de la femme afghane se résumait à la solitude, à la violence et aux interdictions. Voilées sous leur burqa et confinées à leurs maisons, elles devaient subir la violence de leurs maris. Alors que les jeunes filles étaient interdites à l’école, les femmes étaient bannies d’exercer la majorité des emplois. Faute de respecter les règles établies par le régime, elles devaient subir les insultes, les coups de fouet et même la lapidation publique.

Mais depuis plus d’une décennie, les femmes n’ont cessé de lutter pour leurs droits civiques et ont tenté de reconquérir leur place dans la société civile afghane. Muselées durant le règne médiéval des talibans, elles aspirent aujourd’hui à une nouvelle liberté. Beaucoup d’ONG qui oeuvrent pour le respect des droits des femmes ont d’ailleurs bénéficié d’aides financières internationales qui leur ont permis d’intensifier leur combat.

Façonner le futur du pays

L’implication des femmes dans les élections présidentielles de cette année est une preuve de cette nouvelle dynamique. Non seulement elles ont voté massivement, mais certaines ont même participé au processus électoral, par exemple en occupant des postes d’officiers de sécurité dans les bureaux de vote. Environ 300 femmes se sont présentées pour des sièges dans les conseils provinciaux, un chiffre record.

Certains candidats à la présidentielle se sont même présentés en public en compagnie de leur femme, une coutume que refusait encore l’ancien président Hamid Karzaï. Preuve de l’importance grandissante de la femme en Afghanistan, les droits des femmes ont été un des thèmes principaux sur l’agenda politique des candidats qui se sont présentés à la course présidentielle. Beaucoup de femmes prennent espoir dans l’exemple de Habiba Sarobi, l’unique femme à s’être présentée au poste de la vice-présidence aux côtés du candidat Zalmay Rassoul.

Des avancées fragiles

Malgré les avancées qui ont été réalisées ces derniers temps, être une femme en Afghanistan reste très difficile. Une loi censée protéger les femmes de pratiques abusives, adoptée par décret sous Hamid Karzaï, peine toujours à empêcher la violence à cause de son application maladroite.

Et la menace du retour des talibans après le retrait des forces de l’ONU ainsi que la possible diminution de l’aide internationale dans le futur font peur. De toute évidence, le combat pour les droits des femmes ne s’achève pas là, et les acquis fragiles devront être défendus avec d’autant plus d’ardeur sous le nouveau président de l’Afghanistan.