La 68ème session de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies s’est ouverte à New York le 17 septembre dernier. Cette session ordinaire permet aux différents dignitaires de ce monde de s’exprimer brièvement sur les enjeux importants à leurs yeux, en plus de rappeler les valeurs et principes fondamentaux qui cautionnent leurs actions diplomatiques et internationales.

Sabrina Zouaghi

Ce rassemblement de hauts dirigeants dans un lieu commun et lors d’une même période contribue également aux tractations politiques et aux multiples rencontres informelles.

Il va sans dire que le monde entier attendait avec impatience la venue du nouveau président iranien, Dr. Hassan Rohani, et du vent de fraîcheur que promettait sa récente élection le 14 juin dernier lors du premier tour. Qualifié de « modéré », il remplace à la présidence Mahmoud Ahmadinejad ( 2005-2013 ), reconnu pour ses propos enflammés à l’égard de l’Occident, que les médias raffolaient de traduire par des mots plus virulents encore.

Lors de son départ vers l’aéroport, Rohani a été informé que le président américain Barack Obama désirait lui parler. S’ensuivit alors une discussion d’un quart d’heure, le premier contact d’une aussi longue durée entre les présidences états-unienne et iranienne depuis la Révolution islamique de 1979 et la crise des otages de l’ambassade américaine qui a débuté la même année. Le film Argo, sorti en 2012, relate cet épisode en se basant sur la version des faits de la CIA. Revenant sur l’échange qu’il a eu avec son homologue iranien lors d’une allocution, Obama a dit lui avoir confié son espoir d’arriver à une « solution compréhensive » concernant le dossier sensible du développement nucléaire. Il rappelle également le droit du peuple iranien au développement nucléaire dans un contexte civil « tout aussi longtemps que l’Iran respectera ses obligations ». Il rappelle que le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a établi une fatwa contre l’utilisation d’armes nucléaires. Quant à Rohani, il espère aussi que les pourparlers sur ce dossier iront bon train, propos disponibles sur son site Web de la présidence. Il informe qu’une rencontre entre les chefs d’État américain et iranien a été impossible, en raison du manque de temps. Un comité divisé attendait Rohani lors de son retour en Iran, certains saluant le symbolique coup de fil, d’autres scandant un « mort à l’Amérique » et tentant de lancer des œufs sur la voiture présidentielle. Quoi qu’il en soit, aucune mention de l’événement ne se retrouve sur son site Web. Les deux présidents ont chargé leur ministre des Affaires étrangères respectif de poursuivre les pourparlers entre les deux pays.

Bien entendu, un État ne semble pas être réjoui par un éventuel rapprochement entre les États-Unis et l’Iran : Israël. En effet, Netanyahu met en garde la communauté internationale contre la campagne charismatique de Rohani et espère bien que sa rencontre prévue le dimanche 29 septembre avec Obama permette à ce dernier de reprendre ses esprits. Son discours prévu le lendemain à l’ONU mettra évidemment l’accent sur le dossier nucléaire iranien. Il ne faut pas oublier qu’un an auparavant, Netanyahu s’est dit très inquiet par l’avancée de l’Iran dans son programme d’enrichissement d’uranium en montrant un dessin d’une bombe et d’une ligne rouge marquant la finalisation du projet à 90 %, étape à laquelle son ennemi serait parvenu.

Quoi qu’il en soit, la communauté internationale peut se questionner quant aux motivations de changement de cap de l’Iran dans son attitude à l’égard des États-Unis. Bien que Rohani semble moins combattif qu’Ahmadinejad, le véritable changement s’effectue en arrière-plan avec le Guide suprême Khamenei. Il faudra surveiller les propos et actions de ce dernier pour avoir une bonne idée de ce que l’avenir réservera à l’ancien Empire perse.