Malgré que les discussions réunissant l’AIEA et l’Iran n’aient pas abouti officiellement le 11 novembre 2013 aux yeux de certains, on peut déjà observer quelques avancées dans les négociations et des changements de perceptions du programme nucléaire iranien par les grands pouvoirs occidentaux et l’Agence internationale de l’énergie atomique.

L’avancée principale est que l’AIEA, sous la présidence du japonais Yukiya Amano, et l’Iran, présidé par Hassan Rohani, se rencontrent le 20 novembre afin d’avancer les négociations et qu’il y a souhait de faire des compromis et de discuter. Ces négociations durent depuis 10 ans et l’impasse quant à cette question très délicate impliquant l’équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient pourra bientôt être rompue par un premier accord significatif incluant l’autorisation par le gouvernement iranien de laisser l’AIEA, agence de l’ONU, d’inspecter certains sites nucléaires.

L’accord de coopération signé le 11 novembre entre l’Iran et l’AIEA reste toujours controversé, car il conserve des divergences persistantes malgré la percée obtenue à Genève. Washington et Paris estiment toujours que l’enrichissement d’uranium n’est pas un « droit établi ». Mais une feuille de route a été conclue pour la vérification des activités nucléaires iraniennes. Entre autres, elle inclut une inspection de l’usine de production d’eau lourde d’Arak, mais pas du site plus controversé de Parchin.

Le Nouvel Observateur rapportait que l’AIEA souhaite toujours que l’Iran réponde à ses questions sur de possibles recherches nucléaires militaires du passé. Par contre, cette volonté n’est pas inscrite dans l’accord conclu lundi entre les parties. Toutes les questions ne figurant pas dans cet accord risquent seulement d’être traitées plus tard. Dans un rapport de l’AIEA de novembre 2011, il était stipulé que l’Iran avait travaillé au moins jusqu’en 2003 à la fabrication de la bombe atomique.

Perspective iranienne

Une chronique d’un journal iranien, Javan, montrait des inquiétudes et accusait un recul, invoquant un manque d’expérience de l’entourage du président Hassan Rohani: « Dans la situation actuelle, nous n’avons plus de temps pour l’apprentissage par essais et erreurs. Et si à chaque fois que nous reculons, les Américains exigent encore davantage […], à quoi va ressembler le bilan du gouvernement dans cinquante ans aux yeux de ceux qui vont lire l’histoire de l’Iran? »

Le quotidien Donya-é Eqtesad (Le monde de l’économie en persan) démontrait de la prudence optimiste en employant comme titre d’article: « Un accord gagnant-gagnant à Genève ? ». L’économiste Pouya Jebelameli, dans son éditorial pour ce quotidien, explique l’impact d’une diminution des tensions du dialogue entre l’Iran et la communauté internationale, et d’un éventuel accord sur l’économie du pays, souffrant des multiples sanctions économiques des États-Unis et de l’Occident. D’autres médias rapportent que c’est un nouveau chapitre pour le nucléaire iranien.

Perspective américaine

Des élus américains ont appelé pour leur part à renforcer les sanctions qui contraignent déjà l’Iran. Mais Obama et John Kerry sont clairs, il faut calmer le jeu et régler cela diplomatiquement, et rajouter des sanctions n’aiderait pas du tout les négociations en cours. En effet, l’AIEA a affirmé dans son rapport trimestriel qu’il n’y a pas de trace d’augmentation de la capacité d’enrichissement nucléaire en Iran, un fait souligné par Mark Fitzpatrick, du groupe de réflexion « International Institute for Strategic Studies ».

Pourquoi ce virage?

M. Fitzpatrick affirme également que depuis l’élection d’Hassan Rohani à la présidence iranienne, « il s’agit clairement d’une mesure destinée à renforcer la confiance, qui répond à la retenue des États-Unis sur de nouvelles sanctions pour l’instant », et qui « démontre qu’il est possible de parvenir à un accord diplomatique pour geler les capacités » nucléaires du pays. Mais il reste très ferme quant au projet iranien, qu’il affirme comme étant ses droits nucléaires dans le cadre des relations internationales. L’économie étouffée par les sanctions pourrait être le premier moteur de ces changements politiques iraniens sur ce délicat sujet.

Selon un historien, Pierre Razoux, l’Iran est traumatisé par la guerre du Golfe du Koweït. Cela dit, posséder l’armement nucléaire symbolise un levier dans les négociations et relations avec les autres puissances. Une leçon apprise d’Israël, de l’Inde et du Pakistan.