Le dénouement de la crise sociale qui frappe le Bangladesh semble se dérouler à la faveur des ouvriers. Dans une mesure sans précédent, les employés des ateliers se sont vu accorder un nouveau salaire minimum, haussé de 77%. Une hausse toujours insuffisante, selon les travailleurs de ce secteur aux conditions misérables.

@borisproulx

68 dollars par mois – tel a été le nouveau salaire minimum consenti par les patrons d’usines textiles au Bangladesh, qui fournissent largement le marché occidental et nord-américain. Le pays est le second exportateur mondial de vêtements, après la Chine, grâce au prix compétitif de sa main d’œuvre dont les conditions de travail s’apparentent à de l’esclavagisme contemporain. En avril, 1130 personnes sont mortes dans l’effondrement d’un atelier de vêtements à Dhaka, au Bangladesh, destiné au marché européen, fournissant des marques comme Benetton, Matalan et Primark. L’incident n’est pas resté sans suites : les ouvriers du textile se révoltent aujourd’hui contre leurs employeurs qui négligent les droits des travailleurs tout en empochant d’importants profits sur le marché international.

Par comparaison, l’une des plus graves catastrophes industrielles de New York, l’incendie de l’usine Triangle Shirtwaist, en 1911, avait coûté la vie à 146 travailleuses. La négligence des normes de sécurité pour les employés et les mauvaises conditions de travail du secteur manufacturier avait alors fait scandale, initiant un large mouvement pour l’instauration de normes de sécurité dans les usines aux États-Unis. 100 ans plus tard, c’est maintenant à Dhaka, au Bangladesh, qu’a eu lieu le pire accident de l’histoire de l’industrie textile. Cette catastrophe, beaucoup plus proche de la négligence criminelle de patrons sans scrupules que d’un simple accident industriel, peut-elle être le « Triangle Shirtwaist » du Bangladesh ? À tout le moins, la catastrophe a permis d’attirer l’attention sur ces ateliers de misère, « sweat shop » qui mettent en péril la santé et la sécurité des ouvriers asiatiques, parfois même d’âge scolaire.

Ces dernières semaines, une petite révolution semble s’opérer dans ce pays, deux fois gros comme la province du Nouveau-Brunswick et presque enclavé par l’est de l’Inde. À l’issu d’une semaine de grèves parfois violentes, il aura fallu que le premier ministre Sheikh Hasina intervienne personnellement pour convaincre les employeurs de hausser les salaires pour que retournent au travail les grévistes, qui avaient forcé l’arrêt de nombreuses usines au pays. Le prix minimum accordé, qui détient toujours le record du plus faible salaire minimum du monde, demeure encore largement insuffisant pour les travailleurs. Le défi est de taille pour la contestation des travailleurs bangladais du textile, un secteur qui regroupe quelque quatre millions de personnes. Tant les dirigeants politiques que l’élite économique s’entendent pour maintenir très bas les salaires afin de garder la position compétitive du Bangladesh face à la compétition internationale de ses voisins, comme le Viêt-Nam, l’Inde ou la Chine.