Le gouvernement communiste du Président Xi Jinping a décidé de légiférer très sévèrement contre les blogueurs qui débuteraient des rumeurs sur les réseaux sociaux et qui seraient partagées en masse.

Pierre Léveillé

La Cour suprême chinoise et le Parquet populaire suprême ont clarifié les limites à ne pas franchir en déclarant que tout utilisateur qui aura émis une rumeur ou une fausse information sur les microblogues ou les réseaux sociaux dont les conséquences auront été « sérieuses », car ils auront été vus plus de 5 000 fois ou partagés plus de 500 fois, risqueront jusqu’à trois ans de prison. L’État chinois pourrait donc poursuivre lui-même l’auteur selon des concepts de conséquences très vagues : déclenchement d’une manifestation de masse, d’une crise sociale, d’un conflit interethnique ou interconfessionnel, lorsque cela nuirait à l’image de l’État, aux intérêts nationaux ou à l’image de la Chine à l’international.

Même le terme de rumeur est très flou. Il englobe en fait tout message partagé sur la sphère publique. Cela laissera d’ailleurs la place à une interprétation très large et abusive des autorités chinoises pour arrêter tout citoyen statuant sur Internet des informations ou des messages.

Source d’inquiétude pour le régime

Le régime est bien présent sur Internet, étant même prêt à engager des commentateurs qui pensent dans le sens du régime, pour guider l’opinion des autres utilisateurs vers le « bon côté idéologique ». Dans un discours prononcé par le président Hu Jintao, il appela les cadres du parti « à exercer leur suprématie sur l’opinion publique en ligne, à élever le niveau et l’étude du guidage en ligne et à exploiter les nouvelles technologies pour disséminer une propagande positive ». D’ailleurs, plusieurs centaines de mots, dont « démocratie » et « droits humains », contenus dans les messages textes envoyés à l’aide de téléphones portables et dans les moteurs de recherche ont été censurés.

Un tissu social opprimé

Selon les travaux d’un groupe de chercheurs sociologues à l’Université Qinhua, de Pékin, sous la direction de Jing Jun, Sun Liping, Shen Yuan et Guo Yuhua, les citoyens chinois sont de plus en plus sensibilisés aux questions de droit et du pouvoir civique. Notamment en ce qui a trait aux « moyens de subsistance, aux saisies foncières, aux expulsions forcées, aux abus de pouvoir commis par des cadres corrompus, à la discrimination et aux inégalités économiques ». Selon des statistiques officielles et des travaux de recherche, entre 250 et 500 manifestations sont organisées chaque jour dans le pays, rassemblant plusieurs dizaines à plusieurs milliers de participants.

Après le Printemps arabe, les autorités chinoises ont tôt fait de préparer et d’appliquer un projet de révision sur l’expression de la population. Cela a conduit à l’ajout d’une disposition qui reviendrait à légitimer par le pouvoir des disparitions forcées, autorisant la police à arrêter des individus et à les retirer de leur vie publique et familiale sans le moindre mot pour cause d’« affaires ayant trait à la sécurité de l’État, au terrorisme et à une corruption majeure ». Cette disposition amènerait probablement un risque de torture, tout en permettant au gouvernement de justifier ces disparitions de citoyens « dissidents » ou activistes. D’ailleurs, selon un rapport d’Human Right Watch, la Chine était, en 2011 ( et doit l’être encore aujourd’hui ), le pays où il y a le plus d’exécutés. Le nombre exact n’est pas publié, mais d’après des estimations, il se situerait entre 5 000 et 8 000 par an.