Depuis une semaine, la situation en République démocratique du Congo ( RDC ) se complexifie. Le mouvement rebelle M23, accusé d’être financé par l’étranger, est dans la mire de la mission de paix de l’ONU. Au même moment, des bombes tombent au Rwanda voisin, ce qui accentue les tensions entre les deux pays.

Boris Proulx

Mercredi, un Casque bleu trouve la mort dans une offensive contre les rebelles du mouvement M23 près de Goma. Longtemps accusée d’immobilisme, la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC ( MONUSCO ) s’allie avec le gouvernement congolais et passe à l’action pour combattre les rebelles qui opèrent dans le nord du pays. La région, nommée Nord-Kivu, est située tout au nord du pays, à la frontière avec le Rwanda et éloignée géographiquement du reste du pays. Instable depuis plus d’une décennie, le petit territoire a vu la violence armée exploser cette année après que le « mouvement du 23 mars », ou « M23 », ait pris les armes pour l’indépendance de la région riche en ressources minières.

Un conflit qui s’étend au Rwanda voisin

Le conflit a trouvé une dimension internationale alors qu’un rapport de l’ONU datant de juin dernier retraçait le financement du mouvement rebelle M23 qui proviendrait du Rwanda et de l’Ouganda voisin. Ces pays nient toute assistance au groupe armé, essentiellement composé de déserteurs rwandophones de l’armée congolaise. Déjà bien tendues, les relations entre la RDC et le Rwanda se sont détériorées cette semaine après une opération conjointe de l’ONU et de la RDC visant des postes de commandement du M23 terrés à la frontière rwandaise. Mercredi, un bombardement sur le territoire rwandais qui a provoqué la mort d’une personne a soulevé la colère du Rwanda, qui a accusé l’armée congolaise d’être à l’origine de la bavure. Jeudi, le gouvernement du Rwanda a lancé un avertissement formel à son voisin : aucune autre « provocation » ne sera tolérée par Kigali. Devant pareille escalade, le président français François Hollande a invité les membres du conseil de sécurité de l’ONU à se réunir d’urgence sur la question.

La mission de paix de l’ONU dans l’impasse

La force de maintien de la paix de l’ONU, le plus grand contingent de Casques bleus de l’histoire de l’organisation avec ses 20 000 membres, peine à désamorcer le conflit. Ayant pour mission la protection des populations civiles, mais aussi le maintien des autorités légitimes de l’État congolais, la MONUSCO est la cible de nombreuses critiques à l’international. L’imposant contingent, formé principalement de soldats sud-africains, avait échoué à tenir le M23 hors de la ville de Goma l’an dernier. L’agglomération avait alors été occupée une dizaine de jours par les rebelles en novembre. De nouveau, l’ONU soutient l’armée régulière congolaise dans la région de Goma, où est concentrée la menace des rebelles soutenus par le Rwanda. Selon l’ONU, le groupe rebelle a recours à l’enrôlement forcé d’enfants soldats en plus de commettre de nombreux crimes de guerre tels que l’exécution de prisonniers de guerre. Le dernier rapport datant du mois de mai fait état de l’augmentation du nombre de viols commis par des combattants du M23, mais aussi par l’armée régulière soutenue par la communauté internationale.