Paris – Plusieurs centaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues au cours des derniers mois pour afficher leur désaccord vis-à-vis des réformes de l’éducation mises de l’avant par le gouvernement français. Une journée de grève interprofessionnelle est d’ailleurs prévue le 19 mars. Beaucoup de demandes traditionnelles font partie des revendications, comme un meilleur ratio professeurs-étudiants, une hausse des investissements dans les établissements et un gel des suppressions de postes, que les manifestants ont réussi à obtenir pour 2010-2011.

Nouveau mode de financement
Mais ce sont les étudiants-chercheurs et les professeurs qui se trouvent au coeur de la crise du milieu de l’éducation français. Un décret de la secrétaire d’État à l’enseignement supérieur, Valérie Pécresse, présente un nouveau mode de financement universitaire construit en fonction des résultats scolaires et du taux de placement des finissants. Cette façon de «récompenser» les bonnes universités est perçue comme une généralisation des «grands concours», épreuves limitant l’accès aux classes supérieures. Le mode actuel de financement des universités se base sur la taille de l’établissement et le nombre d’élèves qui le fréquentent.

Sans endiguer la crise, le gouvernement français a reculé, le 6 mars, sur son projet d’octroyer plus de financement aux professeurs prolifiques en publications et de «punir» les chercheurs moins productifs en augmentant leur nombre d’heures d’enseignement. On reléguait ainsi le rôle d’éducateur des professeurs à une obligation indésirable, estimaient les principaux intéressés.

Ces nouveaux mécanismes sont dénoncés puisqu’ils viseraient à éliminer, de façon détournée, les universités publiques moins «performantes» et aux prises avec des problèmes liés à l’accueil d’étudiants de milieux sociaux divers, de conditions plus difficiles. Alexandre Fleuret, vice-président de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), un syndicat étudiant, s’interroge : «Comment une université faisant déjà face aux difficultés académiques de ses étudiants serait en mesure de rattraper son retard tout en se voyant accorder encore moins de financement?». Selon lui, les universités ne seraient que davantage paralysées par cette réponse gouvernementale inadéquate, qui ne propose que des coupes là où l’on fait face à des besoins criants. Si le gouvernement Sarkozy a réussi à trouver les fonds nécessaires au relancement de l’industrie automobile française, souligne l’étudiant, pourquoi en irait-il différemment du système universitaire?

Un «choix de société»
Certains étudiants de l’Institut d’Études Politiques de Paris (IEP), un établissement d’études supérieures pourtant grandement favorisé par ce système d’évaluation et bien doté financièrement, partagent l’indignation de leurs camarades. Les membres de l’UNEF de l’IEP décrient unanimement les effets pervers de ces nouvelles mesures, qui mettent de l’avant un système universitaire «d’élite» au détriment de l’accès populaire à un enseignement de qualité. Céline Ramstein, une jeune militante, a expliqué devant une assemblée générale étudiante qu’«il ne s’agit pas de solidarité condescendante, mais [que] s’opposer à cette loi est une question de choix de société que doit faire la France dans le sens de préserver une meilleure justice sociale». Ces étudiants considèrent leur université comme une sorte de «laboratoire expérimental des réformes de l’enseignement supérieur français» et ne souhaitent pas voir ce modèle devenir une référence pour le reste du pays.