À moins de deux semaines du scrutin déterminant qui succèdera à Barack Obama à la Maison-Blanche, le controversé candidat républicain Donald Trump et l’ancienne secrétaire d’État démocrate Hillary Clinton disputent une course hors norme. Tout y est permis, du jamais vu, selon le professeur titulaire au département de sciences politiques Jonathan Paquin.

Selon lui, l’élection présidentielle 2016 marquera, sans l’ombre d’un doute, l’histoire de la politique aux États-Unis. Cela dit, ce n’est ni pour la qualité des candidats ni pour l’importance des enjeux mis sur table que les Américains se souviendront de cette campagne. C’est plutôt pour un candidat bien particulier qui vient chambouler tous les standards en politique : Donald Trump.

« Ce qui est le plus surprenant de cette campagne, c’est que les membres du parti républicain ont décidé de nommer Donald Trump comme candidat aux présidentielles américaines. Bien qu’il n’ait pas d’expérience en politique et qu’il ne connaissait pas les dossiers, il a réussi à se glisser à la tête du parti », confie Jonathan Paquin.

Ce qui surprend encore plus le professeur, c’est le taux d’appui que récolte ce candidat « girouette ». D’après les derniers sondages, 38 % des Américains lui donnent son appui, un chiffre que le politologue n’arrive pas à comprendre.

« Je ne voudrais pas nous ramener trop loin en arrière et faire une comparaison boiteuse, mais si on se rappelle du référendum sur la souveraineté du Québec organisé par René Lévesque en 1980, le camp du oui avait obtenu 40 % d’appui, relate-t-il. Il y aurait donc presque autant de supporteurs de Donald Trump en 2016 que de gens qui étaient pour la souveraineté du Québec en 1980, à l’époque de René Lévesque. C’est insensé. »

Il explique que la colère et la frustration du peuple américain envers les deux candidats pourrait expliquer, en partie, ce chiffre. Il rappelle qu’Hillary Clinton ne fait pas l’unanimité non plus et que plusieurs de nos voisins du Sud appuient Trump parce qu’ils ne lui font pas confiance.

« C’est triste de constater qu’il n’y a que 10 % de la population qui répond, soit Donald Trump ou Hillary Clinton, comme premier choix lorsqu’on leur demande qui serait la meilleure personne pour présider les États-Unis. Ça veut dire que 90 % des gens disent : « moi, c’est quelqu’un d’autre » », indique le professeur titulaire à l’Université Laval.

Campagne de salissage

Bien que le dénigrement soit souvent à l’honneur lors de campagnes électorales, la course présidentielle de 2016 est bien particulière, puisqu’il ne semble y avoir aucune limite, remarque Jonathan Paquin. Pour lui, tous les Américains et les gens qui suivent de près la campagne devront aller en cure de désintoxication.

« Tous les jours dans les médias, on entend des propos insultants, grossiers, racistes et intolérants. Je crois que les américains et les gens qui suivent cette élection méritent mieux que ça. Ça n’a aucun sens, cette campagne est sale », signale-t-il.

Qui en ressort gagnant? Difficile à dire, selon lui. Le côté menteur pathologique de Donald Trump vient brouiller les cartes, car il ne suit aucune norme. « C’est impossible pour Hillary Clinton de le mettre K.O., parce qu’il n’obéit pas aux règles classiques des débats. Il peut dire n’importe quoi et on ne lui en tient pas rigueur. Lorsqu’on dit quelque chose contre lui, il dit que ce n’est pas vrai, donc il n’y a rien à faire », relate le politologue.

Il assure toutefois qu’Hillary Clinton se démarque par sa préparation, son assurance et son expérience. Selon lui, mis à part le côté « téflon » de Trump, l’ancienne secrétaire d’État remporte haut la main les trois débats télévisés.

Inquiétudes pour le Canada

Questionné sur ses inquiétudes face au résultat du scrutin du 8 novembre prochain, Jonathan Paquin se dit persuadé que Trump ne remportera pas les élections et que c’est pour cette raison qu’il n’est pas vraiment inquiet pour le Canada. « Donald Trump n’est plus dans la course. C’est du 9 contre 1 selon les sondages. »

Cela dit, si le controversé candidat républicain devait élire domicile à la Maison-Blanche, le professeur titulaire au département de sciences politiques appréhende déjà le calvaire des Canadiens. Deux accords très importants seraient remis en question : l’ALÉNA et l’OTAN. Cela aurait non seulement un impact sur l’économie du pays, mais également sur sa sécurité.

Cependant, il soutient que le candidat populiste n’aurait surement pas les compétences pour faire quelconque changement et qu’il se contenterait « de faire des discours et d’être controversé ».

Élections insatisfaisantes

Impatience et insatisfaction se font sentir chez les Américains à la veille des élections présidentielles. Trump ou Clinton? Un choix difficile s’offre à cette population qui semble toujours indécise après trois débats télévisés, rapporte Mathieu Massé, chroniqueur politique.

Le diplômé en communication de l’Université Laval, Mathieu Massé, parcourt les États-Unis à vélo en compagnie de sa collègue Isabelle Bergeron, depuis maintenant plus de deux mois. C’est un portrait plutôt triste que dépeint le Lavallois : une population blasée par la campagne en cours qui, pourtant, déterminera qui dirigera leur pays.

« Ça n’intéresse pas vraiment les gens. Ils n’ont aucune idée pourquoi ils vont voter », soutient-il. « Est-ce que les Américains sont unanimes? Ils le sont pour dire qu’il n’y a pas de bon choix », de renchérir le chroniqueur politique.

Ceux-ci ne se reconnaissent pas en les candidats. Mathieu Massé indique qu’il a rencontré des Républicains qui voteront pour la première fois en faveur des Démocrates et vice-versa. Une situation quelque peu inquiétante, selon lui, puisqu’il est impossible de prédire à 100 % le résultat du vote.

« Beaucoup de gens se rangent derrière Trump puisqu’il peut dire ce qu’il veut. Il est arrogant et dégage un certain pouvoir qui plait à certains. Bien que je crois qu’il va perdre les élections, ce n’est pas joué d’avance. Si c’était un autre candidat, on ne se poserait même pas de question et ce serait Clinton qui gagnerait », expose-t-il.

Pour Mathieu Massé, le résultat du vote du 8 novembre ne sera donc pas représentatif de l’opinion du peuple américain. Il raconte que plusieurs résidents lui ont confié qu’ils aimeraient bien expliquer leur vote afin que l’un ou l’autre des candidats ne croient pas qu’ils appuient leurs idées et leur façon de voir l’avenir du pays.