Trois étudiants-journalistes passionnés s’envoleront pour la Roumanie à la fin novembre. Pendant huit jours, Louis-Philippe Bourdeau et Camille Carpentier, de l’Université Laval, ainsi que Jochem Bruins, de l’Université d’Amsterdam, y tourneront un reportage sur la corruption politique à l’ère désormais révolue du communisme. 

Réunis le temps d’une session universitaire à Aarhus, au Danemark, les trois étudiants en journalisme télévisuel ont l’intention, lors de ce cours-voyage, de mettre en lumière les problèmes de corruption étatique, mais aussi de pauvreté sociale.

C’est qu’en Roumanie, depuis plusieurs années, les conditions de vie sont exécrables. Une grande partie de la population s’entend pour dire que « la qualité de vie était meilleure avant 1989, sous le régime communiste de Nicolae Ceausescu », détaille Louis-Philippe Bourdeau.

Le point de départ

Le 30 octobre dernier, à Bucarest, capitale du pays, un grave incendie éclate dans une salle de concert pendant un spectacle de musique rock. Les autorités médicales dénombrent 60 victimes et plus de 150 blessés graves. Le feu est initié par des appareils pyrotechniques appartenant au groupe musical qui se produit ce soir-là. Jusque-là, on peut croire à un simple accident.

Toutefois, les médias apprennent plus tard « que le club en question ne respecte pas les mesures d’incendie requises par la loi », précise Camille Carpentier. Ces manques étaient connus des autorités et des propriétaires du club. L’événement aurait « probablement été tenu en échange de pots-de-vin et de corruption », analyse Louis-Philippe.

Très rapidement, les jeunes roumains associent l’incendie aux graves problèmes de malhonnêteté du gouvernement. Leur slogan, « la corruption tue », est né de cette horrible soirée. Surtout, il est devenu le symbole d’un grand mouvement contre ce problème endémique en Roumanie.

L’objectif poursuivi

Les nombreuses allégations conduisent, le 4 novembre dernier, à la démission du premier ministre Victor Ponta. Malgré tout, la mobilisation populaire se poursuit partout au pays. « Une grosse manifestation est notamment prévue le 1er décembre, le jour de la fête nationale en Roumanie, explique Camille. On veut y assister. »

Comme la catastrophe du 30 octobre a surtout fait des victimes âgées entre 25 et 35 ans, le mouvement d’indignation interpelle surtout la jeunesse. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à qualifier la situation de révolte populaire. Louis-Philippe pense que derrière cet événement tragique, il y a quelque chose de plus important, de plus profond, qui fonde un vrai phénomène social. Au fond, « ce que nous voulons aller chercher, c’est surtout la vision des jeunes, des universitaires, car ce sont eux qui amorcent les révolutions », résume-t-il.

Pendant le voyage, l’équipe souhaite concentrer ses activités dans la grande ville de Bucarest, là où le phénomène prend le plus d’ampleur. Toutefois, les trois jeunes journalistes ne cachent pas leurs intentions d’explorer d’autres régions du pays. « Pour l’instant, on planifie de rester à Bucarest, mais on considère aussi se rendre dans le nord du pays, en campagne », explique Camille.

Dans les régions moins urbaines, le groupe espère ainsi rencontrer des gens plus âgés. « Ces derniers ont vécu sous l’ère communiste. Ils savent donc si les conditions de vie y sont réellement meilleures », commente Louis-Philippe.

Pour le journalisme international

Comme aucun financement n’est offert par l’Université, c’est par la plateforme de sociofinancement Indiegogo que Camille, Louis-Philippe et Jochem sont parvenus à amasser des fonds pour la réalisation de leur projet. L’engouement était clair : plus de 500 euros ont été amassés après trois jours de campagne.

« Beaucoup de gens croient en ce projet. On ne s’attendait vraiment pas à atteindre un tel montant », évoque l’équipe. Chaque dollar recueilli sera minutieusement utilisé dans les billets d’avions, l’hébergement et le transport des équipements.

Ces derniers sont toutefois conscients du milieu précaire dans lequel ils étudient. Depuis quelques années, au Québec comme ailleurs, le journalisme international connaît plusieurs difficultés. L’offre de nouvelles internationales est faible, puisque les médias de masse s’y intéressent de moins en moins.

« Le domaine est très limité, l’espace rédactionnel consacré à ce type de nouvelles est de plus en plus mince. On étudie dans un domaine en voie d’extinction », précisent les étudiants, qui comptent informer les gens sur un pays méconnu des médias de nos jours.

Livrer un bon produit

Le trio n’a pas de grandes attentes pour autant. Tous sont conscients qu’ils ne changeront pas le visage du journalisme international. Ces étudiants veulent néanmoins produire un reportage digne de la profession. « On souhaite un produit qui reflète simplement qui nous sommes et surtout qui nous serons en tant que professionnels dans nos futures carrières », expliquent-ils.

Si l’équipe atteint son objectif, elle pourra se vanter d’avoir prouvé que le journalisme ne nécessite pas beaucoup de moyens financiers. Au contraire, conclut Louis-Philippe, « ça prend plutôt de la recherche, du temps, de la volonté et beaucoup de patience ».

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400 : Nombre de personnes présentes dans la salle de concert lors du spectacle de rock du 30 octobre