L’actualité internationale s’enflamme depuis quelques mois avec l’arrivée de Daech, aussi appelé l’État islamique (E.I.). Les nouvelles sont d’une grande violence avec pour fond décapitations, immolation et attentats. Il est difficile d’échapper aux mots « djihadistes », « musulmans », « islamistes » dans les médias. Pourtant que veulent-ils dire vraiment ? Explication du contexte et des notions par Francesco Cavatorta professeur agrégé en science politique à l’Université Laval.

 

Comment l’État islamique a-t-il réussi à s’installer ?

Dans ces zones, on essaye de retrouver une stabilité. […] Certaines régions ont été totalement délaissées en Irak, mais aussi en Syrie. Mais vivre sous l’État islamique n’est pas très facile et donc les gens s’en vont en Turquie, au Kurdistan. Et leur place est prise par ceux qui viennent de l’étranger qui croient au rêve du vrai État islamique. Mais la cause principale vient sûrement de l’effondrement des structures étatiques en Irak et en Syrie.

Est-ce que l’État islamique incarne quelque chose de nouveau ?

D’un point de vue strictement idéologique et de comportement politique et même de comportement électoral, ce n’est pas très nouveau. Ce qui est intéressant d’ailleurs c’est exactement le contraire. Une fois que tu arrives à comprendre le langage qu’ils utilisent, les débats sont récurrents et sont semblables à ceux qu’on a eus en Europe et ceux qu’ils ont eus en Amérique latine ; ce qui se passe un peu partout dans le monde où les gens doivent décider comment se gouverner. […] On a déjà eu ces débats. Et on les a encore aujourd’hui.

Dans le milieu scientifique […], ce n’est pas très controversé et c’est pour ça qu’on est toujours assez surpris de voir comment les débats apparaissent après dans les médias ou dans les discours grand public.

Le traitement médiatique par les médias occidentaux est-il correct ?

C’est intéressant aujourd’hui, c’est plus intéressant demain. Ce n’est pas tellement le nom qui est intéressant. Ce qui est important, c’est le rôle politique que cette organisation a. Je comprends que [les médias] sont intéressés par les otages, les bombardements, les dérives totalitaires et cruelles […]. C’est ça qui est payant d’une certaine manière pour les grands groupes médiatiques, ce n’est pas d’essayer d’expliquer que cela fait dix ans qu’il y a des terres qui sont laissées sans loi, où l’État nominal n’est pas vu comme légitime ni en Irak ni en Syrie, l’occupation américaine a fait des dégâts énormes du point de vue des différences communautaires et sectaires. […] Mais c’est un débat qui intéresse peu de monde. Tout ce qui intéresse, c’est est-ce qu’ils vont décapiter la personne X ou la personne Z. Et c’est sur ça que l’État islamique vise, mais ce n’est pour la consommation occidentale.

Les médias parlent beaucoup de ces jeunes étrangers qui partent rejoindre les rangs de Daech. Ils ne sont pas beaucoup à partir. Si on considère le nombre de personnes de moins de 25 ans qui sont en Europe et au Canada. Ils ne sont pas beaucoup même s’ils sont 30 000 à partir. Mais ce qui les incite à partir, c’est ce qui a toujours incité les jeunes à faire des choses comme ça. Dans les années quatre-vingt, tout le monde voulait partir en Amérique centrale combattre pour combattre la révolution nicaraguayenne. Dans les années trente, ils allaient en Espagne, défendre la cause de la République espagnole. D’un autre côté, beaucoup partaient pour défendre la cause de Franco ou même de l’Allemagne nazie. Ces grandes batailles sont idéalisées, car elles sont loin, qui te font sentir que ta vie à un but. Elles te font faire partie de quelque chose, quand tu as 20 ans c’est super. […] Et maintenant avec la globalisation, c’est une cause qui peut paraître loin, mais qui n’est pas si loin. Damas est à trois heures d’avion de Paris. […] Et ça coûte 100 balles…

Attention aux amalgames :

Définitions de M. Cavatorta

Arabes : « personnes qui ont une langue commune, les arabophones »

Coran : livre saint dicté par le prophète Mahomet à ses fidèles selon les paroles de Dieu.

Daech : mot arabe qui signifie « État islamique en Irak et au Levant », mais qui a un aspect péjoratif.

Djihad : mot arabe qui signifie « effort ». Il a deux significations :

  • Le « grand djihad » est utilisé pour définir les luttes internes qu’un individu doit combattre pour être un meilleur musulman.
  • Le « petit djihad » est le fait de combattre ceux qui ne permettent pas aux musulmans de vivre comme de bons musulmans sur leur terre.

Islamiste : quelqu’un qui suit un parti politique ou un mouvement qui emploie la religion pour des fins politiques

Ligue arabe : créée en 1944, elle compte actuellement 22 membres : Égypte, Algérie, Soudan, Irak, Maroc, Arabie saoudite, Yémen, Syrie, Tunisie, Somalie, Jordanie, Libye, Liban, Palestine, Oman, Mauritanie, Koweït, Qatar, Bahreïn, Djibouti, Comores.

Musulman : quelqu’un qui suit et qui vit la religion de l’islam.

Pour aller plus loin :

Documentaire

Daech, naissance d’un État terroriste – réalisé par Jérôme Fritel et Stéphan Villeneuve. 2015. Arte.

Livres

Islam, a short history – Karen Armstrong. 2002 (disponible à la bibliothèque)

The future of political islam – Graham Fuller. 2004 (disponible à la bibliothèque)

L’islam pour les Nuls – Malcom Clark, Malek Chebel. 2008 (disponible à la bibliothèque)