La restauration de l'état d'urgence fait suite à une attaque populaire contre l'ambassade israélienne au Caire. Les manifestants ont investi les lieux après avoir détruit un mur, érigé quelques jours auparavant par les autorités, à coups de marteaux et de barres de fer. Des documents entreposés dans la mission ont été jetés à la rue par les manifestants qui ont par la suite retiré le drapeau d’Israël. L’armée et la police se seraient volatilisées au moment même de l’assaut pour ne réapparaître que trois heures plus tard. Il va sans dire que cela a suscité de nombreuses interrogations parmi les partis politiques et la population.

Waël Qandil, éditorialiste pour le journal indépendant Al-Chorouq, figure au rang des intrigués. Il se questionne justement dans le quotidien si cette attaque  n’est pas plutôt un « scénario mis au point pour diaboliser la révolution et présenter les révolutionnaires comme des voyous ».                                                                                                              

Quoiqu’il en soit, la restauration de l’état d’urgence, en vigueur depuis plus de trois décennies (qui coïncide avec les trente ans de règne de l’ancien raïs Hosni Moubarak), inquiète  beaucoup la population égyptienne ainsi qu’Amnestie Internationale. Dans un communiqué émis le 15 septembre, l’organisme souligne la menace posée à l’encontre du « droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion et le droit de grève » et à un retour à « l’ancien temps non regretté ». En effet, les autorités militaires et le gouvernement provisoire se sont mis d’accord sur le point de ramener la totalité des législations convenues en cas d’état d’urgence, afin d’assurer la pleine sécurité des missions diplomatiques. Cela amène à craindre des débordements quant au nombre d’arrestations au titre de la législation d’urgence et qui donne aux forces de l’ordre un pouvoir peu limité concernant les perquisitions, les arrestations et les détentions. 

Cette marque de violence survient quelques semaines avant les élections constituantes et plusieurs y voient une entrave possible à leur tenue qui pourraient mener à un report éventuel. En fait, durant les sept mois de transition politique, il est possible de remarquer une nette hausse de la délinquance qui met en doute la capacité du pouvoir à protéger la population et à assurer la sécurité. Voilà l’un des arguments des Égyptiens qui sont prêts « à accepter des mesures d’urgence si cela permet de restaurer l’ordre ». Quant aux autres, plusieurs se rassemblent tous les jours sur l’emblématique Place Tahrir, berceau de la révolution, afin de manifester leur mécontentement et demander la fin des procès de civils devant la justice militaire.

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