Cette crise ne laisse personne indifférent : de l’Amérique à l’Europe, les gouvernements interviennent et développent des plans d’action. Si on perçoit tant d’agitation, c’est que «dans les effets à court terme, la crainte est de voir la crise financière devenir une crise économique réelle», estime Daniel Mercure, professeur de sociologie à l’Université Laval. On veut éviter la crise majeure et une panique généralisée. «Pour l’instant, l’économie n’est pas en situation de crise», ajoute le spécialiste des questions économiques.

Impact mondial
Actuellement, le système financier souffre de graves dommages: les appréhensions se trouvent dans l’avenir. Avec la débâcle financière et les bourses qui s’affolent, on recèle une perte de confiance magistrale dans le domaine des finances: «Les valeurs financières, c’est la richesse [l’épargne] de la société», souligne Benoît Carmichael, professeur de macroéconomie à l’UL. Puisque ce sont les finances qui sont au coeur de la logique de croissance (crédit, investissement, épargne), et que c’est le secteur qui est en chute constante, on peut craindre un ralentissement mondial.

Lorsque le voisin américain est en troubles, il entraîne presque toujours avec lui le Canada, s’entendent les professeurs Carmichael et Mercure, de même que plusieurs analystes de banques majeures. Le système banquier peut sembler sauvé en raison de sa concentration et de sa réglementation plus stricte, mais il faut se rappeler que l’économie dépend de 40 % des exportations vers les États-Unis. Avec les déboires des matières premières, il est probable que le prix du baril de pétrole chute, entraînant immanquablement le dollar canadien avec lui. Un effet double et déstabilisant sur notre économie: d’un côté, affaiblir l’Ouest et notre secteur primaire; d’un autre côté, renforcer le secteur manufacturier plus fort dans les provinces du centre, ce qui devrait compenser pour la baisse de la demande prévue.

Évolution
Avec toute l’incertitude économique qui règne, un nouveau courant critique des marchés financiers se dessine aux États-Unis. Dans la foulée de ce qui est devenu un véritable débat public ces dernières semaines, «une transformation dans l’opinion publique se produit dans toutes les couches d’âge: on ne peut plus laisser aller le libre marché», explique le professeur Mercure. On parle de conséquences tant pour les entreprises que pour les particuliers. Le crédit sera nécessairement plus difficile à obtenir. Cette perspective pourrait ralentir la croissance et causer des problèmes aux entreprises peu capitalisées. L’opinion bouge: une conséquence des pertes encourues, le ressentiment populaire s’accroît, alimenté par l’animosité envers ces financiers bénéficiant de «parachutes dorés».

Aux États-Unis comme ici, on réclame des réglementations plus sévères. Claude Vaillancourt, secrétaire général d’ATTAC-Québec, un organisme militant pour une taxation des transactions financières, prône une «réglementation mondiale plus serrée» et une «responsabilisation des marchés financiers» pour éviter q’une situation similaire se répète. On suggère une taxation minime sur les flux de capitaux et l’élimination de certaines pratiques risquées des firmes financières. Si cela est une hérésie aux yeux du dogme ultralibéral, c’est que plusieurs influents économistes aux États-Unis manœuvraient encore récemment pour plus de déréglementation.