Trente ans après les faits, la justice guatémaltèque a condamné l’ex-dictateur Efraín Ríos Montt à 50 ans de prison pour génocide, plus 30 ans pour crimes de guerre.

Jérémie Lebel

Courtoisie : wikimediacommons.com, Surizar, Creative Commons

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Âgé de 86 ans, Mr Montt a été président du Guatemala de 1982 à 1983. Lui et son chef des services secrets militaires, Mauricio Rodríguez, étaient accusés d’avoir ordonné le massacre de 1 771 Mayas de l’ethnie Ixil lors d’opérations militaires dans le département de Quiché en 1982 et 1983. Mauricio Rodríguez a été absous des accusations qui pesaient contre lui. Les crimes traités lors du procès font partie de l’histoire sanglante de la guerre civile guatémaltèque, qui a fait quelque 200 000 morts et disparus entre 1960 et 1996 selon les Nations Unies.

Efraín Ríos Montt avait échappé à la justice depuis son départ de la présidence en raison de son immunité parlementaire, qu’il a perdue en 2012 en quittant le Parlement. Jeudi encore, il a catégoriquement nié avoir ordonné des actions génocidaires. Durant son mandat, il avait lancé des opérations contre des tribus indigènes accusées d’aider la guérilla de gauche, dans le contexte de la Guerre froide. Lors du procès, la poursuite a présenté un rapport des Nations Unies datant de 1999 qui dénombre 626 massacres et qui affirme que 90 % des violations des droits de l’homme lors de la guerre civile ont été commises entre 1978 et 1984. Massacres, viols collectifs, têtes utilisées comme ballons de soccer, les récits racontés par les survivants donnent froid dans le dos. La moitié des 98 témoins ont relaté que les militaires avaient l’habitude de brûler les récoltes et de s’emparer des animaux domestiques des populations occupées, dans le but de les tuer par la faim.

Le procès ira en appel, ont promis les avocats de Mr Montt. Signe de progrès, l’actuel président de droite Otto Pérez a affirmé qu’il respecterait le verdict du tribunal, quel qu’il soit. Il a souligné qu’il y a 20 ans, ce procès aurait été impensable. Mr Montt pourrait d’ailleurs être jugé pour d’autres crimes commis lors de son mandat. Le procès ravive les plaies à peine refermées de la guerre civile. Des associations d’anciens militaires ont déclaré que le procès menaçait la paix sociale. Parmi les dirigeants militaires au pouvoir durant la guerre civile, Mr Montt était le seul vivant et capable d’être jugé, l’autre étant son successeur Óscar Mejía Victores, dont le procès fut arrêté à la suite d’une attaque cérébrale.