Redresser économiquement un pays peut être un véritable parcours du combattant. C’est ce qui arrive, depuis la chute du bloc soviétique dans les années 90, à la République du Kazakhstan. Bien que son régime soit considéré comme autoritaire par de nombreux analystes, son actuel président, Nursultan Nazarbayev jouissait encore en 2010 de près de 75% de la faveur populaire et ce, après 21 ans passés à la tête du pays.

Malgré les demandes de boycott du scrutin par les partis de l’opposition, neuf millions d’électeurs iront aux urnes le 3 avril prochain. Plusieurs manifestations, encadrées de près par les corps policiers, ont éclaté à travers le pays afin de dénoncer le processus électoral. Celui-ci n’a jamais été reconnu comme libre et transparent par les observateurs internationaux depuis l’indépendance du pays en 1991. Il a d’ailleurs été dénoncé par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) malgré le fait que le Kazakhstan présidait cette organisation régionale en 2010.

Ce grand pays enclavé d’Asie centrale reste mal connu de nos médias nord-américains. Et pourtant, malgré sa grande dépendance aux ressources pétrolifères et minières, il est considéré comme un modèle économique régional. La «locomotive de l’Asie centrale» doit cependant modifier ses institutions pour devenir réellement démocratique, la plupart des pouvoirs politiques se trouvant concentrés entre les mains d’un seul homme. En effet, le président de la République conserve les pouvoirs exécutifs et peut nommer et révoquer de leurs fonctions les membres du gouvernement ainsi que les gouverneurs de 14 régions et de deux villes. Il conserve aussi une mainmise forte sur le sénat. Bien que le président ne nomme directement que sept des 39 sénateurs, les 32 autres sont élus par des grands électeurs, eux-mêmes mis en place par décision présidentielle.

Les trois partis d’opposition ont eu peu de temps pour se préparer aux élections puisque le président Nazarbayev avait déclenché le processus début février 2011, un an avant l’échéance de son mandat. Réaction anticipée aux révoltes du monde arabe ? Il est fort probable que ce chef historique ait pris ses précautions en renforçant sa souveraineté par un nouveau scrutin. Il peut ainsi réaffirmer sa «légitimité» auprès des mouvements d’opposition et de la communauté internationale.