Depuis mai déjà, les mouvements étudiants chiliens s’agitent pour exiger des réformes profondes au système d’éducation national, lequel est l’un des plus coûteux en Amérique latine

La colère des étudiants provient essentiellement d’une réaction face à un système qu’ils voient comme profondément inégalitaire. Lors des tests standardisés PISA de 2009, qui sont une série d’études menées par l’OCDE pour mesurer la qualité des systèmes éducatifs des pays membres et non membres, le Chili est arrivé premier d’Amérique latine, mais s’est classé au 64e rang sur 65 quant à la ségrégation sociale selon la richesse. Le système secondaire a trois modalités : 45% d’écoles publiques, 50% d’écoles privées avec une subvention accordée à l’élève, et 5% d’écoles sans subventions. La plupart des écoles publiques sont gratuites, mais certaines fonctionnent selon une formule de « co-financement ». Au niveau universitaire, il n’existe aucun établissement à la fois public et gratuit. Les frais universitaires annuels excèdent souvent le salaire minimum chilien, qui est de 350 dollars américains par mois. Les inégalités sont accentuées par l’administration au niveau local des écoles, qui entraîne de fortes disparités entre districts pauvres et riches. 

Les manifestations ont d’abord pris une allure bon enfant, avec des baisers de masse et des concerts de casseroles, mais ont récemment tourné à l’aigre. Le 5 août, des étudiants ont envahi une station de télévision pour exiger la diffusion de leur message. La police brise maintenant les manifestations, déclarées illégales, et le grabuge suit parfois : le 4 août seulement, environ 900 personnes ont été arrêtées, et le gouvernement estime les dommages sur la propriété à 2 millions de dollars américains.

Le renvoi du Ministre de l’Éducation n’a pas permis au président de droite Sebastián Piñera de contenir l’insatisfaction populaire. La popularité du gouvernement, qui était de 63% en octobre 2010 après la crise des mineurs, s’est effondrée à 26%. Sa dernière proposition, faite le 18 août, fut rejetée par les mouvements étudiants, qui demandent un système d’éducation public et aux frais fortement réduits, dans un pays marqué plus que d’autres par l’influence de la pensée de Milton Friedman. L’inégalité sociale demeure le talon d’Achille du Chili, au-delà des chiffres de la croissance.