Les dernières troupes canadiennes ont quitté l’Afghanistan, mettant fin à une présence de 12 ans et 3 mois. La plus longue guerre menée par le Canada vient de prendre fin silencieusement.

Jérémie Lebel

L’histoire de la présence internationale en Afghanistan commence en 2001. En réponse aux attentats du 11 septembre contre le World Trade Center et le Pentagone, les États-Unis ont dès le 7 octobre commencé à attaquer les forces du groupe terroriste Al-Qaeda ainsi que le régime afghan formé par les talibans. Le Canada a dépêché des commandos de la 2e Force opérationnelle interarmées en décembre pour appuyer les efforts américains. Dès janvier 2002, ces commandos seront joints par des troupes régulières. Une fois les combats initiaux terminés, la mission canadienne s’est déplacée vers la capitale, Kaboul. Elle y restera de 2003 à 2005 dans le cadre de l’opération Athéna. Sur une décision du gouvernement de Paul Martin, les Forces canadiennes ont ensuite accepté la mission de défendre la province de Kandahar. En juillet 2011, le premier ministre Stephen Harper a retiré la plupart des troupes canadiennes d’Afghanistan. Environ 900 soldats y sont restés, mais à Kaboul seulement, avec le mandat l’entraînement des forces de sécurité afghanes.

En tout, près de 40 000 soldats canadiens ont été déployés en Afghanistan. 158 n’en sont pas revenus. 75% des morts ont eu lieu durant la présence canadienne à Kandahar. Personne ne sait encore combien la mission canadienne aura coûté au total. En 2011, le Directeur parlementaire du budget Kevin Page estimait à 18,1 milliards de dollars le coût de l’intervention entre 2001 et 2011. Il notait à l’époque que l’incohérence de l’information donnée par le gouvernement rendait le travail d’estimation difficile à mener. Comme l’étude de Kevin Page s’arrêtait à 2011, le coût total de l’intervention est certainement supérieur, et tout calcul doit inclure certaines dépenses qui se font jusqu’à longtemps après la fin de la mission, comme les compensations aux blessés ou le remplacement du matériel détruit ou endommagé.

Après 12 ans de présence, il est difficile de dresser un bilan positif de l’intervention. Il est impossible de parler de victoire: depuis 2009, les attaques au moyen de bombes artisanales sont en augmentation constante. D’année en année, de plus en plus de combattants et de civils sont tués. Le nord de l’Afghanistan, qui jusqu’à 2009 connaissait une paix relative, est aux prises avec une augmentation des attaques des talibans. Les élections présidentielles du 5 avril prochain seront suivies avec attention par les pays de la coalition internationale en Afghanistan, qui ont à décider du niveau de leur soutien futur au gouvernement afghan.

Quant aux projets de développement, le bilan est là aussi mitigé. Le Canada a mené trois programmes phares dans la province de Kandahar: éradication de la poliomyélite, construction d’écoles et réfection du barrage de Dahla. L’effort d’éradication de la poliomyélite a permis de vacciner plus de 7 millions d’enfants. Cependant, des cas ont été recensés depuis. Les efforts entrepris sont à risque d’être mis à mal si la sécurité se dégrade encore plus – l’éradication d’une maladie demande des registres très précis, durs à maintenir durant une guerre. Quant aux écoles construites par le Canada, les chiffres officiels ont été nuancés par des reportages récents de La Presse qui faisaient état de défauts de construction majeurs. Les sous-traitants afghans auraient sous-traité les travaux en chaîne, avec un peu moins d’argent restant à chaque niveau ajouté. Le barrage de Dahla, dont la réfection fut confiée à SNC-Lavalin au coût de 50 millions de dollars, est toujours envasé. Les ingénieurs de l’armée américaine estiment qu’il devrait être fonctionnel en 2017.