Au Liban, la crise syrienne est une réalité domestique. Pendant que les réfugiés affluent, le rôle du Hezbollah suscite des questions délicates pour la suite des événements. 

Jérémie Lebel 

Les statistiques du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés font état de 85 000 réfugiés syriens au Liban depuis le début de la crise, en mars 2011. Le gouvernement libanais, qui n’est pas signataire de la Convention sur les réfugiés de 1951, n’a pas l’obligation de les aider, et ne souhaite pas mettre en place de camps. La plupart des réfugiés s’installent au Liban, dont beaucoup à Tripoli, une ville sunnite pauvre où des combats sporadiques éclatent de temps à autre entre les communautés sunnites et alaouites – le président syrien et son entourage appartiennent à cette dernière communauté. Les organismes de charité, comme le Croissant rouge, apportent quant à eux une précieuse aide.

Tout comme la Syrie, le Liban est une mosaïque de communautés ethno-confessionnelles; y cohabitent des chrétiens maronites, orthodoxes grecs, catholiques grecs, orthodoxes arméniens et d’autres encore, en plus de communautés musulmanes sunnites, chiites, alaouites et druzes. Par convention, le président du pays est un chrétien maronite, le président du Parlement un chiite et le premier ministre un sunnite. L’attribution des postes selon le poids démographique des communautés se fait selon les résultats du recensement de 1932. Par peur d’altérer l’équilibre du pouvoir, le pays n’a jamais fait d’autre recensement depuis.

Le subtil équilibre libanais est mis à l’épreuve par les liens unissant le mouvement radical chiite Hezbollah à la Syrie. Hassan Nasrallah, le leader du mouvement, appuie le régime syrien. Le mouvement se montre avare de commentaires sur les funérailles de membres « morts dans le jihad », selon toute évidence en Syrie. Les alliances, toujours compliquées, se font en fonction de la protection des intérêts communautaires. Le leader des druzes, Walid Jumblatt, soutient par exemple la révolution syrienne, tout en disant maintenir de bonnes relations avec le Hezbollah. Face à la crise humanitaire, le pays devra cependant surmonter ses contradictions pour éviter une répétition du drame des réfugiés palestiniens au Liban, qui n’ont jamais été intégrés à la société plus de soixante ans après leur arrivée.