Le Japon, qui tire 43% de son énergie de l’exploitation nucléaire, connaît maintenant une fuite nucléaire à la centrale de Fukushima, 240 kilomètres au nord de Tokyo. Le tsunami, en coupant l’électricité, a privé les six réacteurs de Fukushima de leur système de refroidissement à eau. L’explosion du mercredi le 16, de la chape de béton du réacteur 2 a confirmé les pires craintes en relâchant dans l’atmosphère des quantités de radiations 800 fois supérieures à la limite d’exposition normale. Une seconde explosion aurait endommagé le réacteur 4.

Compte tenu du haut taux d’émission radioactive, l’armée japonaise a dû intervenir en recourant à des hélicoptères pour refroidir le réacteur numéro 4 depuis le ciel, mais une troisième explosion a rendu cette opération trop dangereuse puisque cela aurait trop exposé le personnel. Les derniers travailleurs restés sur les lieux auraient également été évacués.

Néanmoins, à l’heure où cet article est écrit, les autorités japonaises ont réussi à réactiver une partie du système électrique de la centrale. Si la situation est extrêmement délicate, aucune option n’est écartée. Certains responsables ont par exemple proposé d’utiliser de l’acide borique afin de ralentir les réactions nucléaires en absorbant des neutrons. Malgré les progrès accomplis, Hidehiko Nishiyama, député général à l’Agence de Sécurité Nucléaire du Japon, affirme toutefois qu’il ne faut pas être trop optimiste.

Sur la gravité de la situation, les experts américains et japonais ne s’entendent pas, excepté sur la nécessité d’agir avec la plus grande prudence. Le Japon a inscrit l’accident au niveau 4 sur une échelle de danger de 7 points, 7 correspondants au désastre de Tchernobyl. La France, quant à elle, a fait monter ce chiffre à 6.

Comme les cinquième et sixième réacteurs ont dû être ravitaillés eux aussi en eau, c’est toute la centrale qui est à risque. Par contre, le réacteur 3 est celui qui inquiète le plus : c’est le seul des six qui utilise du plutonium. Or la durée de vie de cet aliment dans le foie et les os est de plusieurs fois supérieures à celle de l’uranium.

Le gouvernement japonais a évacué les citoyens résidants à moins de 28 kilomètres. Les États-Unis, qui maintiennent 50 000 soldats sur le territoire, ont pour leur part exhorté leurs troupes à respecter une distance de 80 kilomètres. La France et l’Australie, pour leur part, ont invité leurs ressortissants à quitter le pays.

Certains citoyens canadiens, craignant la contamination régionale par les vents du pacifique, ont été vus achetant de l’iode de potassium, afin de se prémunir contre l’iode radioactif, qui figure au rang des émanations libérées de Fukushima. Selon le premier ministre Stephen Harper, la population canadienne n’a cependant rien à craindre à ce sujet puisque d’ici à ce qu’elles atteignent les côtes canadiennes, les émissions seront alors presque complètement dispersées.

Après avoir rencontré son homologue japonais, le ministre des Affaires étrangères Laurence Cannon a confirmé que le Canada assistera le Japon par l’octroi de fourniture humanitaire et d’expertise militaire, dont une équipe d’identification des victimes.

Malgré tout, le premier ministre japonais, Naoto Kan, est dans une situation particulièrement délicate, critiqué de part et d’autre pour sa gestion confuse de la crise. Plusieurs analystes craignent que le premier ministre japonais n’ait occulté des informations trop sensibles. En plus de faire face à une grave crise environnementale, Naoto Kan doit négocier avec une opposition politique féroce.

En plus des 360 000 déplacés, 7000 morts causés par le tsunami, c’est plus de 140 000 personnes qui ont été évacuées dans la région environnante. À l’énorme crise humaine s’ajoutent encore les coûts économiques, estimés à plus de 200 milliards de dollars pour la reconstruction. Une partie de cet argent proviendra cependant d’un fonds d’urgence créé spécifiquement à cet usage.