«Ce ne sont pas toutes les personnes qui peuvent prouver qu’elles ont été torturées et que leur vie est en danger. Les gens à l’ONU font de leur mieux», a précisé le réalisateur iranien.

Celui qui vit aujourd’hui en Autriche s’est inspiré de sa propre enfance. «Quand j’avais neuf ans, je suis venu par cette route avec mes parents. Ça nous a pris trois mois. Mon frère et ma sœur étaient trop jeunes, alors mon cousin les a amenés plus tard», a-t-il expliqué. Ses parents se sont battus toute leur vie pour la démocratie et l’humanité, et sont fiers du long métrage de leur fils. «Ma mère m’a dit que mon film change quelque chose dans la société, plus que son propre combat.»

Toutefois, pour être le plus universel possible, le cinéaste présente trois histoires exemplaires de réfugiés qui s’entrecroisent à Ankara. «J’ai fait beaucoup de recherches sur le terrain avec les ONG, le Haut Commissariat aux réfugiés, la Croix Rouge. Mon histoire personnelle s’est passée il y a 25 ans. Je ne voulais pas que l’auditoire pense que c’est du passé et qu’aujourd’hui, ça va mieux. Je recherchais un aspect intemporel.»

Dans ces destinées de sans-papiers, de familles déchirées, d’humiliations et de sacrifices avec l’espoir de la liberté, le rire demeure très présent. «L’humour est une résistance. C’est une philosophie. Les travailleurs des ONG qui ont vu le film m’ont dit que bien des personnes torturées font des blagues sur leurs blessures. C’est comme dire : «Vous ne m’avez pas brisé, je peux encore rire».»

La dernière image de Pour un instant la liberté est une petite fille iranienne qui sourit. «Parce que je pense que ce sont les femmes en Iran qui apporteront le changement, plus que les hommes. Parce que les femmes sont si en colère qu’elles dominent la peur».

Ce premier film a remporté plusieurs prix. Il a fallu plus de huit ans à Arash T. Riahi pour le réaliser. Les autorités iraniennes ont demandé au maire de la ville d’Erzurum, en Turquie, d’arrêter le tournage, mais le producteur a réussi à le convaincre en lui disant que ce film constituait une bonne publicité pour des olympiades à venir.