Cette journée du 31 octobre 2010 a été une journée historique pour les processus démocratiques du continent africain: en Côte d’Ivoire, une élection présidentielle s’est déroulée, permettant d’espérer une meilleure gouvernance dans ces états respectifs et un retour apaisé des régimes démocratiques.Les préalables d’un scrutin étant finalement réunis en Côte d’Ivoire. Après six reports et 11 ans de crise politico-militaire, on n’attendait plus les élections de «l’éléphant d’Afrique». Que ce soit par la nomination des membres de la Commission électorale indépendante ou par la mise en place de la liste des électeurs, le pays n’a pas eu de réelles élections depuis 2005.

Cette année, l’élection à hauts risques s’est bien déroulée grâce à une volonté de paix généralisée ainsi qu’à la présence de 7000 casques bleus de l’ONUCI qui surveillaient les quelques 20 178 bureaux de vote. Les différents médias locaux ont même parlé d’une ambiance bonne enfant et d’un enthousiasme à aller voter pour ce pays qui revient de loin, déchiré par une crise d’identité nationale. Les 5 700 000 électeurs allaient choisir un candidat qui aura la lourde tâche de faire remonter la pente au pays en faisant revenir les investissements internationaux alors que 48% de la population vit sous le seuil de pauvreté global (soit moins de 1,25 dollar américain par jour).

Opposant 14 candidats dont six indépendants, trois favoris se partagent les voix : le président sortant Laurent Gbagbo (65 ans), l’ancien chef de l’État Henri Konan Bédié (76 ans) et l’ancien premier ministre Alassane Ouattara (68 ans).

Henri Konan Bédié a une revanche à prendre. Président de 1993 à 1999, il a été le successeur de Félix Houphouët-Boigny, considéré comme le père de la nation et a été renversé militairement par Robert Guéï en décembre 1999. Le plus vieux des trois candidats cherche donc à retrouver sa place à la tête du pays après des années d’exil en France.

Alassane Ouattara doit lui, redorer son blason alors qu’il lui a été interdit de se présenter par la Cour suprême lors des élections de 2000. Il avait en effet été refusé alors que son ivoirité et ses origines avaient été remises en cause. C’est entre autre grâce au travail du médiateur régional Blaise Compaoré qu’il peut maintenant se présenter et convaincre les Ivoiriens.

Le président sortant, Laurent Gbagbo, est celui qui a tout intérêt à conserver le pouvoir alors que sa légitimité à été mise à l’épreuve lors d’une tentative de coup d’état en 2002 a mené à une partition du pays en deux par les loyalistes du sud et l’ex-rebellion du nord, menée par l’actuel premier ministre Guillaume Soro. Les analystes politiques favorisent Gbagbo au deuxième tour des élections, tout en mentionnant qu’il a montré une certaine volonté à respecter la voix du vote et que cette manière de faire devrait perdurer quels que soient les résultats. Ce serait dans tous les cas tout à son honneur étant donné la fragilité des périodes post-électorales dans cette partie du continent. Il est effectivement attendu une période de contestation des résultats du scrutin, notamment à cause des listes électorales qui ont étés remises en question plusieurs fois par les différents partis se présentant. Une victoire écrasante de l’un des candidats risque d’être accueillie avec beaucoup de critiques et de méfiance de la part des autres. Il est important d’indiquer que les pouvoirs sont très centralisés dans ce régime présidentiel où la société civile n’a que peu de place et où pouvoir politique rime avec richesses. Selon l’organisation indépendante International Crisis Group, « pour les perdants, la défaite ne signifie pas uniquement la perte d’un scrutin, mais l’exclusion pendant plusieurs années des affaires du pays.»

Selon le premier ministre Soro, les résultats devraient être attendus mercredi grâce à un système mixte de comptage électronique et manuel des bulletins de vote. La Côte d’Ivoire redeviendra donc peut-être un modèle de stabilité dans cette partie du continent, prouvant que les conflits peuvent se résoudre lorsque des préalables politiques sont mis en place.

À lire, pour satisfaire notre curiosité à propos de la Côte d’Ivoire, deux ouvrages de l’ancien professeur de l’Université Laval:
Tessy Bakary, La démocratie par le haut en Côte d'Ivoire, Édition L'Harmattan, 1992 et
Tessy Bakary, Côte d'Ivoire: une succession impossible ?, Édition L'Harmattan, 1991