Le village chinois de Wukan s’est récemment fait accorder des élections municipales libres, après être entré en rébellion ouverte contre l’État. Portrait d’une histoire improbable.

Jérémie Lebel

Durant l’automne 2011, des manifestations dures avaient éclaté dans ce village de la province de Guangdong. Les villageois protestaient contre le fait que les autorités locales saisissaient des terres illégalement pour les vendre à des développeurs. Après l’arrestation de plusieurs activistes locaux, la population a expulsé les responsables gouvernementaux et s’est barricadée durant dix jours, gardant la police à distance.

Face à la fronde populaire, le gouvernement chinois a dû céder, et a reconnu le droit aux habitants de Wukan de tenir des élections municipales libres. Les élections directes à ce niveau existent depuis une trentaine d’années en Chine, mais les comités élus ont généralement peu d’influence, car le pouvoir réel est détenu par les responsables locaux du Parti communiste. Dans le cas de Wukan, le chef élu, Lin Zulian, a aussi été élu responsable local du Parti, ce qui lui donne un plus grand pouvoir. M. Zulian avait été l’une des têtes d’affiche du mouvement de protestation.

Plusieurs des activistes se sont en effet présentés aux élections, ce qui est une nouveauté. La méthode habituelle du gouvernement chinois est d’attendre que la situation se calme, puis de faire arrêter les meneurs principaux en toute tranquillité. Le cas de Wukan illustre donc une nouvelle manière de faire, qui laisse entrevoir une possible ouverture démocratique. Les révoltes elles-mêmes, spectaculaires, sont peu exportables à d’autres cas, mais le précédent électoral fera probablement des petits.