Paris — On apprend que le ministre du Budget lui-même possède des comptes en Suisse et à Singapour. Ayant nié ceci devant l’Assemblée nationale, le ministre reconnaîtra les faits lors du déclenchement d’une enquête judiciaire, le 19 mars.

Boris Proulx, @borisproulx

Courtoisie : Flickr, Parti Socialiste, Creative commons

Courtoisie : Flickr, Parti Socialiste, Creative commons

Si le règne de l’ancien président Sarkozy a été traversé par de nombreux scandales politico-financiers, cette nouvelle tuile vient confirmer que le nouveau gouvernement de gauche n’est pas à l’abri de tels écarts de conduite. Le scandale se produit alors même que l’idée selon laquelle « les politiciens sont tous des crapules » semble gagner une part croissante de la population. Cynisme qui semble d’ailleurs faire gonfler les rangs des mouvements d’extrême droite français tels le Front national de Marine Le Pen ( près de 18 % des voix à la dernière élection présidentielle ). Aux grands maux, les grands moyens : face à cette crise de confiance, le président Hollande a décidé d’imposer à ses ministres la plus parfaite transparence. Les membres du gouvernement ont donc tous révélé leur patrimoine, listant leurs avoirs, du nombre de résidences aux voitures qu’ils possèdent.

Les quotidiens se sont empressés d’analyser les possessions de leurs gouvernants. On peut ainsi apprendre dans le quotidien Libération du 16 avril que le ministre Michel Sapin ( emploi ) possède un patrimoine de deux millions d’euros, alors que sa collègue Najat Vallaud-Belkacem ( Droits des femmes ), disposant d’un compte en banque plus modeste, ne se déplace qu’en scooter. Cette exigence de transparence, qui est déjà la norme dans certains pays d’Europe, saura-t-elle redonner un peu de confiance perdue envers le gouvernement ? Rien n’est moins sûr, surtout que le ministre déchu Jérôme Cahuzac, se confiant à la chaîne d’information BFM TV le 16 avril, a maintenu l’ambiguïté au sujet de la connaissance de ses comptes en Suisse par le président …

L’évasion fiscale, un vrai problème

Depuis les crises financières et économiques qui se sont succédé en Europe, les impopulaires mesures d’austérité ont été appliquées par souci de rigueur budgétaire : coupe dans les services publics, hausse des impôts. Or, il semble qu’une frange parmi les plus nanties se soustrait aux efforts de redressement en plaçant leur argent dans des pays qui ne communiquent pas le secret bancaire : autrefois la Suisse et le Luxembourg, maintenant Hong-Kong et Singapour. En plus d’avoir menti aux Français, l’ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac se révèle faire partie de ce cercle de financier crapuleux, alors même que son chef François Hollande avait déclaré en campagne électorale : « l’ennemi, c’est la finance ». Il ne croyait pas si bien dire !

L’évasion fiscale coûte, chaque année, environ 30 milliards d’euros à la France ( environ 40 milliards de dollars canadiens ).