La communauté journalistique est en deuil après la mort de deux journalistes français à Kidal, dans le nord du Mali. Un violent rappel de la barbarie qui caractérise les combats de cette région, où la France est impliquée militairement depuis janvier dernier.

Boris Proulx @borisproulx

« À Kidal, un crime odieux » titre le quotidien parisien Le Monde. « Pourquoi a-t-on tiré sur les messagers? », demande Le Devoir, ce lundi 4 novembre. Le double assassinat, commis samedi, a mis en lumière la barbarie des combats qui mettent à feu et à sang le nord du Mali, en Afrique de l’Ouest, depuis maintenant plus de deux ans. Les assaillants sont toujours inconnus, mais la piste des islamistes issus d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) est la plus plausible, selon les responsables français. L’organisation, forte des armes récupérées du déchu régime Libyen et de son alliance temporaire avec la rébellion touarègue locale (MNLA), a pu mettre en déroute l’armée du Mali pour déclarer l’indépendance du nord (sous le nom d’Azawad), avant que la France ne s’engage en janvier dans une intervention militaire (Serval) pour redonner le contrôle de la zone au Mali. Une opération saluée par la communauté internationale, dont l’Union Africaine, mais qui aura comme conséquence de placer la France et les Français en Afrique comme cible des groupes islamistes transnationaux, de plus en plus présents au Sahel.

Les victimes, Ghislaine Dupont, 57 ans, et Claude Verlon, 58 ans, travaillaient pour Radio France Internationale (RFI), l’équivalent de la radio de Radio-Canada. Ils ont été kidnappés tôt dans la journée de samedi, dans la ville de Kidal, tout près des zones où se terrent les combattants d’AQMI. Ils venaient tout juste de sortir de la résidence d’un responsable touareg qu’ils venaient d’interviewer. Le suspense de leur enlèvement a été de très courte durée. Alertée par la capture des deux journalistes, une patrouille de l’armée française retrouve leurs corps deux heures plus tard, criblés de balles.

Pourquoi s’en prendre aux journalistes ? Depuis samedi, la communauté journalistique francophone est en deuil de ces deux professionnels tombés dans l’exercice de leurs fonctions. Un rappel de la dangerosité du métier de reporter de guerre – mais aussi et surtout du modus operandi de ces combattants qui tuent sans égard au droit coutumier qui régulait autrefois la guerre. L’ennemi devient l’occident ; le journaliste, coupable par association. « Les meurtres d’otages commis au Sahel par des groupes agissant aux confins d’une idéologie de haine et d’activités de trafiquants », analyse ainsi Le Monde. En visant les journalistes, c’est aussi à la liberté d’informer que l’on s’attaque.

Si on peut retenir une chose de cette double exécution, c’est probablement qu’au Mali, malgré la forte présence française, rien n’est réglé. « Les assassins sont des groupes terroristes », a déclaré Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères. À l’heure actuelle, quelques 3000 soldats français sont postés au Mali. Toutefois, ces effectifs ne sont pas suffisants pour assurer la sécurité des zones urbaines, a rappelé le ministre malien de la Défense, Soumeilou Boubeye Maïga. À l’approche des élections législatives, prévues à la fin du mois, les attaques se multiplient, souvent effectuées par des petits commandos.