La dernière année a été marquée par les crises humanitaires sans précédent, les évènements politiques imprévus et les inégalités qui ne cessent de s’accroitre. Près de 85 % des Canadiens voient, en la période des fêtes, un bon moment de venir en aide aux plus démunis.

C’est ce que révèle un nouveau sondage d’Ipsos mené du 18 au 20 novembre, au nom de l’UNICEF. En ce temps de réjouissance, les Canadiens souhaitent répandre le bonheur autour d’eux et semer l’espoir dans la vie des personnes dans le besoin. Ceux-ci cherchent à poser un geste concret pour changer leur situation.

« Qu’on pense seulement au conflit incessant en Syrie ou au tremblement de terre en Équateur, cette année a été tumultueuse. Les Canadiennes et Canadiens sont généreux, alors ils cherchent des façons d’apporter leur contribution et de changer la donne pour les moins privilégiés », explique la chef des programmes d’UNICEF Canada, Meg French, dans un communiqué rendu public la semaine dernière.

Pour la professeure en développement international, Sophie Brière, cet élan de générosité s’explique par l’ampleur des conflits qui sont survenus cette année.

« Les gens donnent davantage pour les actions humanitaires lorsqu’il y a des crises. Ça a été très fort lors du tremblement de terre en Haïti. Ça vient les chercher. Ils vont être plus portés à donner, surtout si la diaspora est importante dans leur pays », explique-t-elle.

La professeure titulaire constate que le phénomène existe non seulement à l’international, mais aussi à plus petite échelle. « On observe beaucoup de levées de fonds durant la période des fêtes. On va récolter des jouets pour donner aux enfants pauvres et de la nourriture pour les paniers de Noël », soutient-elle.

Une signification bien particulière

Le sondage révèle également que 81 % des personnes sondées croient que la signification de Noël est en train de se perdre. C’est donc pour cette raison qu’elles cherchent résolument à donner de leur temps ou encore de leur argent à ceux qui en ont de besoin.

Chez UNICEF, cette tendance est observée par l’augmentation de la participation de Canadiennes et de Canadiens au programme de Cadeaux de survie. Ces derniers comprennent des articles et des produits, comme des trousses de vaccins pour protéger les bébés et des couvertures thermiques pour garder les enfants réfugiés au chaud pendant les mois d’hiver.

Scepticisme profondément ancré

Bien que les Canadiens soient généreux lorsqu’il est question d’aide humanitaire en cas de crise, le constat est bien différent en jetant un regard sur leur implication dans le développement international.

« C’est plus difficile de mobiliser les gens pour l’aide au développement humanitaire. La raison, c’est qu’on donne, mais on ne sait pas trop où ça s’en va. On ne voit pas la crise, surtout que l’aide n’est pas immédiate », analyse Sophie Brière.

« On sent du scepticisme de la part des Canadiens envers les organisations de développement international, ajoute-t-elle. On ne sait pas trop comment c’est géré et on entend des histoires de corruption. C’est certain que les gens hésitent à donner. »

Pourtant, la professeure titulaire soutient qu’il faut penser au développement à long terme. La clé d’un bon développement, selon elle, passe par la prise en charge locale. Les gouvernements peuvent ainsi déterminer où il importe d’investir.

Donner à l’année

« Il ne faut pas croire qu’en donnant une fois par année, à Noël, on va régler le problème du développement et de la pauvreté. Les besoins sont énormes dans certains pays », rappelle Sophie Brière.

La solution, selon elle, c’est que le gouvernement prenne davantage en charge l’aide internationale. Ce dernier pourrait réserver une plus grande partie des impôts à cela.

« On a comme impression que le Canada donne beaucoup, qu’on est très généreux en terme de projets de financement envers les autres pays, mais, quand on se compare à d’autres pays dans le monde, on ne l’est pas tant que ça. Ce n’est qu’une infime partie du PIB qui est donné pour l’aide internationale », conclut-elle.