Mitt Romney, bien préparé et clairement confiant, a tenu tête au président sortant
Barack Obama, qui a paru à bout de souffle tout au long d’un débat au cours
duquel les deux candidats ont opposé deux visions tranchées de l’économie, de
la santé et du rôle de l’État.

Pierre-Yves Robert 

Dès le début de l’affrontement, M. Obama a tenté d’associer M. Romney à l’ancien président George W. Bush, tout en tentant de se lier lui-même aux politiques économiques du toujours très populaire Bill Clinton. Mais, en manque de verve et d’agressivité dans sa performance lors du premier débat présidentiel de mercredi dernier, la réaction envers la président fut plutôt un torrent de critiques, le New York Times l’accusant même d’une prestation « molle, sans inspiration et défensive ».

Romney, quant à lui, a marqué des points tout au long de la soirée, une bonne performance se confirmant déjà dans les premiers sondages maison de CBS ou CNN effectués à chaud après l’affrontement. Sa prestation, mieux réussie qu’anticipée par les experts, devrait revigorer sa campagne, à quatre semaines du scrutin. L’ancien gouverneur du Massachusetts devra cependant répondre à des questions sur ses affirmations en matière de santé et de fiscalité qui « ont changé ou ne tiennent tout simplement pas la route », selon le Non-partisan Congressional Budget Office, établit à Washington. Emboîtant le pas, M. Obama a même accusé M. Romney d’avoir menti lors du débat, expliquant lors d’un discours partisan à Denver que « si l’on veut être président, on doit dire la vérité aux Américains ».

UN CHOC IDÉOLOGIQUE 

Tout au long de la soirée, la joute verbale a pris l’allure d’un choc idéologique. D’un côté, Obama, tout en reconnaissant que le gouvernement n’est pas la solution à tous les problèmes, argumentait qu’il joue un rôle essentiel dans la promotion de la croissance économique et de la justice sociale qui en découle. « Si tous les Américains obtiennent des opportunités, nous allons tous mieux nous en porter » a-t-il lancé lors du débat. Le gouvernement « ne restreint pas la liberté individuelle. [Il] la renforce ». Romney, pour sa part, répliquait que « le rôle du gouvernement n’est pas de devenir un joueur économique », mais plutôt « de déterminer comment rendre le secteur privé plus efficient et plus effectif ».

Dans l’éventail des idées et statistiques lancées lors de ce premier débat, c’est donc un choix sur la vision du rôle que l’État doit prendre aux États- Unis qui était offert aux citoyens. Reste à savoir si ces 90 minutes vont modifier l’allure de la course présidentielle. En 2004, John Kerry avait également dominé George W. Bush dans le premier débat, sans pour autant triompher le jour du scrutin.