Renaud Philippe est un jeune photographe très prometteur. Dans le cadre de son dossier voyages, Impact Campus a donc tenu à parler de la relation qu’a le photographe avec le voyage, un élément central de son travail.

«C’est physique, ça fait mal », explique-t-il en décrivant sa relation personnelle avec le voyage. « J’ai un besoin de voir d’autres choses et de découvrir d’autres situations et d’autres gens […] Moi, le voyage pour le plaisir personnel, ça me tanne un peu. Le rapport de beaucoup de touristes au voyage relève du je-me-moi. »

Pour lui, la photo a toujours été liée à l’étranger et au départ: « En voyage, je prenais toujours l’appareil photo de mon père et je regardais ses boîtes de diapo de voyage. »

À la rencontre de l’autre

Dans chaque pays visité, le rapport à l’image est différent. Quand on arrive quelque part, on sais jamais quel lien les gens entretiennent avec l’image. « Au Népal et en Inde, les gens sont fiers et ont envie de se faire prendre en photo. Ce n’est pas le cas à Québec».

La photo lui permet d’exprimer sa passion pour le contact humain, voire de justifier cette démarche. « Qu’est-ce qui justifie de se retrouver dans un camp de réfugiés ? Si ce n’est pas la photographie, il n’y a rien qui justifie ça. La photographie permet de te retrouver dans des situations où tu n’as absolument rien à faire. »

180 heures sur le Greyhound

En 2013, Renaud s’est rendu à Vancouver en autobus. Un périple de 180 heures avant de revenir. Le but de ce voyage duquel Renaud avait retiré toute intention documentaire l’a mené à se questionner sur sa relation avec le voyage.

« Le projet 180 heures m’a permis de m’arrêter et de réfléchir », explique-t-il. « Pourquoi je voyage ? Qu’est-ce qui m’intéresse ? Et il y a toujours un lien avec l’errance. Les gens que je photographie, les histoires que je décide de couvrir ont toujours un lien avec le fait de ne pas avoir de contrôle sur sa destinée. »

« En tant que photographe c’est bien de voir d’autres choses et d’autres mondes »

L’errance est en effet un thème principal dans le travail de Renaud. « Ce qui m’intéresse c’est beaucoup le parcours et l’intégration. C’est de faire prendre conscience de ce que ça représente pour une population d’errer sans pouvoir se construire, travailler. »

De Katmandou à Vanier

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Photos : Courtoisie Renaud Philippe

Un projet de longue haleine que Renaud Philippe a particulièrement à coeur est justement centré sur cette thématique de l’errance. Il s’agit de la série qu’il a réalisée sur les immigrants bouthanais s’étant récemment installés à Québec.

« Il y a environ 7 ou 8 générations, à peu près 100 000 Népalais sont allés travailler au Bouthan pour développer le pays. Ils ne se sont jamais intégrés à la culture bouthanaise. Un jour, ils ont été chassés. Durant 20 ans ils ont vécu dans des camps de réfugiés au Népal », décrit-t-il avec passion. Les Bouthanais les considèrent comme Népalais et les Népalais les considèrent comme Bouthanais. À la fermeture des camps par les Nations unies, le Canada a accepté d’accueillir une partie de ces gens.

Renaud aimerait bien que ses photos sur les Bouthanais soient présentées à Québec, en particulier dans les quartiers populaires où ces gens ont élu domicile. « Si ces photos-là peuvent être présentées à un moment donné à Vanier, dans la communauté proche, ce serait super. » , explique-t-il. « Si les voisins peuvent se dire “Ok c’est ça la vie dans un camp de réfugiés, c’est là que vous étiez avant. »

Toujours en lien avec sa volonté d’aller vers les gens, Renaud a développé de profonds liens avec les membres de cette toute nouvelle communauté de la Capitale-Nationale. Il a même organisé un voyage à Montréal, nolisant deux autobus scolaires vers un temple de la métropole.

La photo est devenue un prétexte à la rencontre

« Ça a été super chouette », lance Renaud en souriant.  « À la longue, il y a des liens qui se sont développés. Il faut toujours faire attention à ces liens-là. Je suis photographe, je suis là pour documenter leur histoire, pas pour être leur ami. Il y a une ligne, mais la photo permet d’aller un peu plus loin et de développer des relations. »

«La photo c’est arbitraire. Ce que tu cherches à développer c’est un lien avec les gens», continue le photographe. « Tu ne photographies pas quelqu’un dans la rue. Quand tu veux raconter une histoire, il faut partager et comprendre cette histoire-là. Pour y arriver, il faut la vivre un peu, cette histoire. »

Le travail de Renaud Philippe peut être consulté au : www.renaudphilippe.com