Aux Antilles, la «vie chère» touche l’ensemble de la société, le coût de la vie y étant 40 % plus élevé qu’en France continentale. Le kilo de pâtes que le Martiniquais achète à 3,85 euros est payé 1,65 euros par le Parisien. Même constat pour les bananes, qui sont produites localement. En Guadeloupe, on les retrouve à 1,83 euros le kilo, alors que dans l’Hexagone, elles coûtent 1,25 euros.

L’essence est aussi plus chère dans les départements d’outre-mer (DOM). Les prix n’ont été revus à la baisse qu’en novembre dernier, lors d’une manifestation qui a paralysé la Guyane pendant une dizaine de jours. La population locale s’était alors mobilisée contre le prix des carburants à la pompe.

Afin de compenser le coût de la vie dans les DOM, certains salariés bénéficient d’une prime de la «vie chère», qui équivaut à 40% de leur salaire de base. Mais le panier d’épicerie est loin d’être rempli pour cette partie de la population, qui doit encore faire des compromis au moment des achats et des déplacements. Il l’est encore moins pour ceux dont les revenus sont inférieurs au salaire minimum et pour les personnes touchées par le chômage, qui représentent entre 20 et 30 % de la population selon le département.

Les prix aux Antilles ont toujours été justifiés par les frais de port. Près de 90 % des produits que l’on y trouve sont importés de l’Hexagone. La Martinique et la Guadeloupe n’entretiennent aucune relation commerciale avec leurs voisins caribéens et américains.

De plus, les circuits de distribution et d’importation sont en situation d’oligopole aux Antilles. Les syndicats dénoncent un manque de transparence dans le calcul des prix. Ils accusent le secteur de la grande distribution de fixer les prix librement.

La situation est similaire pour l’essence. La Société anonyme de la raffinerie des Antilles (SARA), filiale de Total, est la seule à approvisionner les Antilles en carburants. Selon un rapport de l’Observatoire des prix de la région Guadeloupe, daté du 10 janvier 2009, le prix de l’essence aurait augmenté depuis 2004 pour «des raisons qui demeurent floues».

Une lutte de longue date
Les négociations entre les patrons et les syndicats aux Antilles ont toujours porté sur l’augmentation des salaires et le coût de la vie, mais «leurs rapports ont toujours été tendus» explique Serge Bilé, chef d’antenne à Réseau France Outre-mer en Martinique. «Chaque fois qu’il y a eu une revendication aux Antilles, poursuit le journaliste, cela s’est toujours terminé dans une espèce de bain de sang». Dimanche, la Guadeloupe a rendue hommage au syndicaliste tué le 10 février.

D’autres grèves ont aussi connu des bilans dramatiques dans ce département. En février 1952, la mobilisation des travailleurs de l’industrie sucrière contre la vie chère s’est soldée par la mort de quatre ouvriers, ce qui lui a valu le nom de «Massacre de la St-Valentin». 14 manifestants ont été blessés. En mai 1967, les émeutes des ouvriers du bâtiment, qui réclamaient une augmentation de 2 % de leurs salaires, ont mené à la mort d’environ 80 personnes.

La Martinique a également été touchée par une forte mobilisation des ouvriers de la banane en 1974. Ils revendiquaient une augmentation des salaires. Au moins deux grévistes sont morts. Les syndicats martiniquais sont pourtant les seuls à avoir obtenu gain de cause lors des négociations avec le patronat. Selon Serge Bilé, la grève de Toyota, qui s’est étendue de mai à novembre 1999, «a fait comprendre au patronat qu’il était temps de trouver les moyens de négocier».