La conférence de paix Genève II s’est terminée samedi dernier sans que les partis aient pu trouver une solution au conflit qui déchire la Syrie. Une courte pause humanitaire a permis à environ 1400 personnes d’être évacuées de la vieille ville de Homs, mais le but principal de la conférence de paix, soit la transition politique, n’a pas été atteint.

Yascha Wecker

Selon les dirigeants de plusieurs pays, le manque de volonté de la part du régime syrien est la raison principale de cet échec. Deux ans après le début du conflit, la Syrie se trouve dans un état déplorable. « On sent la guerre, partout des obus tombent, et tout le monde est touché de loin ou de près par le conflit. » C’est ainsi que Simon Schorno, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge en Syrie, décrit la situation actuelle à Damas.

À quelques milliers de kilomètres de là, à Genève, les délégations du gouvernement syrien et de l’opposition se sont quittées samedi dernier, sans avoir trouvé une issue politique à la guerre civile en Syrie. Le médiateur Lakhdar Brahimi a présenté ses excuses au peuple syrien pour cet échec des négociations : « Ce n’est pas bon pour le processus, ce n’est pas bon pour la Syrie que nous revenions pour un autre tour et que nous tombions dans le même piège qu’au premier tour. » Les dirigeants de la France et de la Grande-Bretagne ont accusé le régime de Bachar al-Assad d’être responsable de l’échec des négociations.

La situation humanitaire

Le seul mérite de ce deuxième tour de négociations aura été d’aboutir sur une courte pause humanitaire, qui a permis aux différentes agences de l’ONU et au Croissant-Rouge syrien d’évacuer 1400 personnes de la vieille ville de Homs, surtout des enfants, des femmes et des personnes âgées. Après 600 jours de souffrance, la population assiégée a finalement pu quitter cette ville dévastée par les combats.

Mais, au lendemain de l’arrêt provisoire des pourparlers, la situation humanitaire sur le terrain reste très préoccupante. « Dans le sud des banlieues de Damas, différentes zones sont occupées et la situation est très similaire à ce qui se passe dans la vieille ville de Homs. La population civile est bloquée, et il devient de plus en plus difficile de trouver de la nourriture et des médicaments », affirme Simon Schorno. Selon le bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU, 250.000 personnes ont besoin d’aide urgente dans d’autres zones assiégées, tout comme les trois millions de civils qui vivent dans des zones difficilement atteignables.

Des pourparlers stratégiques

Selon Sami Aoun, directeur de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQÀM, la priorité du régime n’était pas de trouver une issue politique au conflit pendant les discussions à Genève. La facilitation de l’aide humanitaire et la question du terrorisme ont été utilisées par la délégation officielle syrienne pour retarder les discussions sur l’objet principal de la conférence de paix, c’est-à-dire la transition politique en Syrie et la fin du régime Assad : « Le régime profite de Genève II pour avoir plus de manœuvre logistique, militaire, en plus du volet diplomatique. »

Pendant que les délégations se parlaient à Genève, l’armée syrienne a également continué à faire des progrès sur le terrain, explique M. Aoun : « Le régime a une puissance de feu qui devient de plus en plus imposante. Si jamais le régime finit par faire sauter le verrou autour de la capitale Damas, du côté du Liban, c’est-à-dire la ville de Yabroud et les villages autour, il peut ouvrir la capitale vers le littoral syrien où se trouve le fief de sa communauté alaouite, et il peut ouvrir l’axe routier vers le Liban où il y a une bonne majorité de ses alliés chiites, surtout le Hezbollah. » Cette manœuvre, le régime l’a déjà commencée vendredi dernier en lançant une attaque sur la ville de Yabroud.

Sami Aoun prévient qu’il ne faut pas non plus oublier qu’en ce moment les États-Unis profitent de la situation: « La Syrie est un champ de bataille entre les ennemis des États-Unis, qu’ils soient les chiites du Hezbollah ou les sunnites d’Al-Qaïda. » Selon le chercheur, il faudra observer comment la stratégie américaine évolue au cours des quatre prochains mois parce que cela peut influencer la situation en Syrie.

Le vrai combat

Le gouvernement syrien montrait peu de volonté lors des pourparlers de Genève II, et cela, le médiateur Brahimi ainsi que les délégations de plusieurs pays l’ont bien compris.  En plus, l’armée a continué à faire des avancées militaires sur le terrain. Tout cela indique que, pour le moment, la priorité pour Bachar al-Assad reste de s’imposer par la force. Comme le formulent les pro-Assad selon Sami Aoun : « Si vous n’avez pas pu détrôner Assad par la force, vous ne pouvez pas le détrôner par la diplomatie.»