Le récit de Marcel Arteau est celui d’un groupe de jeunes du secondaire qui a fait un stage de solidarité au Nicaragua avec l’organisme de coopération internationale Spirale. Des capsules d’information altermondialistes sur l’économie et l’histoire du Nicaragua s’insèrent dans un texte très personnel sur l’expérience vécue par les stagiaires : formation pré-départ, choc culturel, adaptation au milieu de stage et retour. Marcel Arteau, actif dans le milieu communautaire depuis une trentaine d’années, a été mandaté pour décrire l’expérience.

Ce livre sera particulièrement utile aux professeurs superviseurs de ce genre de stage (au secondaire ou au cégep) qui n’ont pas d’organisme-ressource fort qui les soutienne. «Le premier public visé, c’est les futurs stagiaires, puis les organismes qui organisent des stages. Il y a peu de choses écrites sur ce genre d’activités. Il s’agissait de décrire fidèlement, de rendre compte de l’expérience», souligne l’auteur. Tout cela dans l’objectif, également, de déconstruire certains mythes, parfois propagés par les organismes eux-mêmes qui font de la coopération : «Le premier conseil à donner à ces organismes, c’est d’être très clair avec les stagiaires : il faut désamorcer l’illusion d’aider. Le deuxième, c’est qu’il faut apprendre aux participants à être attentifs aux changements chez soi, à se demander comment le stage a modifié leur perception du monde.»

Aussi étrange que cela puisse paraître, la «hausse de popularité» des expériences de solidarité a mené à une confusion dans les termes et les objectifs de chacun. Entre les étudiants qui ont une première expérience des pays en voie de développement et les baby-boomers qui veulent se sensibiliser aux conditions de vie qu’on y trouve, une place se dessine pour un concept nommé «tourisme solidaire» par les Nicaraguayens. Voilà qui correspondrait aux désirs des gens du Nord qui veulent être déstabilisés ou cherchent une forme de croissance personnelle, sans porter le nom d’«aide internationale».

«Je pense que du côté du Canada et du Québec, on se berce un peu d’illusion, continue Marcel Arteau. Il ne s’agit pas d’arrêter la machine, mais en Haïti, on m’a dit qu’il y a tellement d’aide internationale que ce n’est plus gérable. Chacun poursuit ses propres objectifs.» D’où l’importance de former des stagiaires qui resteront conscientisés longtemps après leur expérience, et qui s’en serviront pour faire avancer la justice sociale tant dans leur milieu qu’à l’étranger.