La situation dans laquelle les marchés financiers internationaux se trouvent actuellement est principalement liée à la peur des banques de se prêter de l’argent entre elles. Selon Patrick González, directeur des programmes de 2e et 3e cycle en économique à l’Université Laval, «les banques […] ne se prêtent plus entre elles, ou sinon, à des conditions extrêmement restrictives. Elles craignent de perdre leur argent dans l’éventualité où leur débiteur ferait faillite». Cette situation amènerait une paralysie temporaire du système monétaire international, ce qui, du même coup, empêcherait les particuliers et les entreprises d’avoir accès au crédit nécessaire pour faire rouler l’économie.

«C’est le principal problème, concède Alexis Beaudin, courtier à la bourse de Chicago et détenteur d’une maîtrise en finance. Il y a une peur constante que les partenaires financiers tombent. Donc, on serre le cordon de la bourse, on coupe le nombre de prêts dont l’économie a besoin… Effet boule de neige».

Faciliter l’accès au crédit

La crise économique actuelle trouve son origine dans la déréglementation des marchés financiers, il y a déjà près d’une vingtaine d’années. À l’origine, celle-ci avait pour but de faciliter l’accès au crédit aux gens désireux d’acheter une maison ou d’obtenir une hypothèque. De 1986 à 1991, seulement un million de nouvelles maisons avaient été construites aux États-Unis : le plus petit nombre depuis la Deuxième Guerre mondiale. C’est à la suite de ces statistiques décevantes que le gouvernement et les banques ont décidé de faciliter l’accès au crédit pour les particuliers.

Au début des années 2000 les banques offraient constamment de nouveaux taux d’intérêt toujours plus concurrentiels. Cette compétition, facilitée par l’apparition de la mode des Mortgage Backed Securities (MBS), permettait aux gens un accès à des taux d’intérêt inférieurs à ceux qu’ils avaient préalablement négocié avec leurs banquiers. Les gens renégociaient alors leurs hypothèques et en profitaient pour acheter une nouvelle maison, plus grande, plus chère. Éventuellement, lorsque tous les gens des classes les plus aisées ont pu s’acheter une maison, le marché a du se tourner vers les derniers en lice, les mauvais créditeurs.

C’est à ce moment-là, signale Philippe Grégoire, professeur au Département de finance et d’assurance de l’Université Laval, que tout a basculé : «À un certain moment, une fois la plupart du monde logé, les seuls emprunteurs restants sont ceux dont le crédit est très mauvais. Mais qu’importe, il existe un produit sur mesure pour ceux-ci : des hypothèques avec un taux fixe et très faible – un teaser rate engendrant initialement un faible paiement mensuel, même si la maison vaut 400 000 $ – durant les deux premières années, ensuite remplacé par un taux variable élevé et, par le fait même, un paiement mensuel élevé durant les 28 années suivantes. Avec ce type de prêt, les ménages ayant contracté une hypothèque à un taux ridiculement bas en 2004 ont vu leur taux, et ainsi leur paiement mensuel, gonfler dramatiquement en 2006.»

C’est donc en 2006 que la bulle immobilière a éclaté. Les mauvais créditeurs, ne pouvant payer leur hypothèque, faisaient faillite et les banques, ayant prêté l’argent, ont commencé à tomber. M. Grégoire en rajoute : «Lorsque de gros noms se mirent à tomber, les banques se mirent fortement à hésiter à se prêter entre elles (le marché interbancaire est d’ordinaire très actif) étant donné l’incertitude quant à la prochaine victime, ce qui mena à la crise de crédit que l’on connaît aujourd’hui. Le crédit étant le nerf des économies modernes, on se mit à craindre une récession, ce qui resserra encore plus les marchés de crédit. Qui dit récession dit krash boursier, et voilà où nous en sommes aujourd’hui.»

Le plan américain
Dans le but de réanimer les échanges entre les institutions bancaires et de rassurer le marché, le gouvernement américain a voté un plan de 700 G $ pour aider les marchés.
Patrick González signale le but très clair de ce plan : «Absorber les fameux actifs toxiques [«MBS»] qui grèvent les portefeuilles des banques au point que personne ne leur fait plus confiance. Toute l’action des autorités vise à rétablir la confiance dans les acteurs du marché monétaire afin que celui-ci puisse recommencer à fonctionner normalement et éviter ainsi que la contagion gagne l’économie réelle, ce qui se produira si les entreprises n’ont plus un accès facile au crédit».

Même si la crise n’a pas encore atteint toute son ampleur, le professeur conclut sur une note positive : «Je ne pense pas que cette crise aura des effets absolument dramatiques comparables, par exemple, à la crise des années trente. L’économie occidentale réelle s’est révélée particulièrement résiliente aux crises financières depuis une vingtaine d’années. Pour tous ceux qui travaillent dans le monde de la finance, c’est définitivement la fin d’une ère. Pour les autres, je doute que cela change grand-chose. On va en entendre parler longtemps, mais, avant longtemps, cela va redevenir un débat technique assez ennuyeux pour les profanes.»