Le glacier Metz fond par en-dessous. C’est ce qu’a découvert le professeur de biologie à l’Université Laval, Philippe Archambault, lors d’une récente expédition en Antarctique.

« C’est une découverte qui peut sembler mineure pour les gens, mais elle est importante pour la science », lance-t-il d’entrée de jeu. Organisée par l’Institut polaire suisse, l’Antarctic Circoumnavigation Expedition (ACE), à laquelle a pris part M. Archambault, est seulement la dixième de l’histoire à effectuer un tour complet de l’Antarctique. Mais, surtout il s’agit de la première 100% scientifique. Le périple a ainsi réuni 22 équipes provenant de partout à travers le monde sur le brise-glace russe Akademik Treshnikov.

En passant de la biologie à la physique, les trois membres de l’équipe Mertz-Diva, Philippe Archambault, Guillaume Massé, aussi de l’Université Laval, et Marie-Noëlle Houssais, de l’Université Pierre et Marie Curie, étudiaient l’impact du réchauffement climatique sur le glacier Metz et de ses écosystèmes associés.

Le glacier, qui s’est brisé en 2010, « est très grand et mesure une centaine de kilomètres », explique M. Archambault. L’expédition a, entre autres, permis de découvrir que le glacier fond par en-dessous, contrairement aux croyances. « On pense que le glacier va fondre au-dessus à cause de l’exposition au réchauffement planétaire, mais cette découverte implique que c’est l’eau qui s’est réchauffée et qui est responsable de la fonte », synthétise le professeur de biologie.

Chamboulement de l’écosystème

L’équipe canadienne cherche ainsi à comprendre de manière spécifique quel est l’impact de la fonte du glacier sur les écosystèmes marins à proximité. Ces eaux de fonte sont « denses », elles sont plus froides et très chargées en nutriments qui vont avoir tendance à « couler » et vont ainsi aller « nourrir les fonds à proximité du glacier », décortique le professeur de l’UL.

Ces fonds ne sont pas très hostiles. Ils sont peuplés de nombreux coraux d’eau froide et d’étoiles de mer avec une densité de population surprenante. Aux dires de M. Archambault, ces changements, entrainés par la fonte du glacier, vont avoir des impacts divers sur les espèces marines qui peuvent vivre à proximité, voire sous le glacier.

À la découverte du « sous-sol »

Dotés d’un sous-marin robotisé canadien appelé ROPOS, les chercheurs ont ainsi pu plonger sous le glacier pour explorer les fonds et effectuer divers prélèvements. Philippe Archambault explique que les résultats de cette expédition, en plus de faire avancer la recherche fondamentale à l’échelle mondiale, « permettront de faire des prévisions ayant un impact sur le long terme ».

Cette expédition scientifique démontre entre autres que l’on est loin de tout connaître de notre planète.  « C’est comme si on vivait dans une maison et qu’on n’allait jamais explorer le sous-sol, on n’a même pas exploré totalement le premier étage », s’étonne le professeur Archambault.

Il conclut que l’expérience a été enrichissante tant au niveau scientifique que humain, car « quand on est loin de toute civilisation et isolés sur un bateau, les liens amicaux créés sont bien plus forts ».